Il vous est surement déjà arrivé d’être complétement épris de quelqu’un, à un tel point que cette personne devient votre priorité et que vous vous perdez éperdument dans la relation. De fait, vous ne pouvez plus vivre sans votre moitié, et ne vivez que pour elle. Certains qualifieraient cela d’amour passionnel, mais le terme de dépendance affective y est plus adapté.

Qu’entend-on par dépendance affective ?

Lorsqu’on dépend affectivement d’une autre personne, il nous est impossible de vivre sans l’autre. On peut la définir comme l’impossibilité de se sentir exister et d’être heureux sans l’autre. Son effet peut être tel qu’on perd notre identité, d’autant plus lorsqu’elle n’est pas totalement définie. Notre développement et épanouissement est entravé par cette forme d’addiction.
En effet, la dépendance est une forme toxique d’affection. L’autre représente une ressource vitale, il est au cœur de notre existence. Il devient indispensable pour maintenir la vie en soi et pour sa propre survie (Berger, 2016).

Ce système pathologique peut être guidé par un manque de reconnaissance et d’affection, mais aussi par un manque de confiance en soi. On recherche une forme de soutien, car on se sent affectivement en insécurité. En conséquence, cette dépendance apparait pour combler une grande fragilité identitaire (Roubeix, 2008).

Pourquoi est-ce un danger ?

La dépendance affective entraine une forte détresse émotionnelle.  C’est un système vicieux, on ne s’en rend compte que lorsque la relation n’est plus saine. La rupture peut alors être destructrice et brutale (Gellman, 2001). Cette séparation provoque le sentiment de perdre une partie de nous. On perd un pilier, la base de notre bonheur. Nous ne sommes plus un être à part entière mais privé de son addiction, de sa drogue. C’est alors qu’on réalise notre dépendance affective.

Connaissez-vous vos désirs, vos passions, vos besoins, votre identité ? Etiez-vous épanoui dans votre vie avant d’être en couple ?
Il faut savoir que le couple peut être un des piliers de votre bonheur, mais pas le seul et l’unique. En effet, si votre bonheur dépend entièrement de votre relation amoureuse, vous pouvez développer une dépendance affective. Il est nécessaire d’être indépendant et d’aimer sa vie en l’absence de l’autre. Ne basez pas votre bonheur sur votre relation.

L’amour d’un autre ne compensera jamais le manque d’amour que vous avez pour vous-même. Une relation amoureuse n’est pas faite pour combler un manque. En outre, s’investir pleinement dans une relation n’est pas une solution à vos problèmes (Versaevel, 2019).
Pour éviter cette issue, il est important d’apprendre à être épanoui seul. Appréciez les moments en compagnie de votre famille et de vos amis autant que vous appréciez vos moments en couple.

Comment ne pas tomber dans la dépendance affective ou enfin en sortir ?

Empêcher l’apparition de la dépendance affective est un travail sur soi. Un travail long et difficile. Il est facile de tomber dans la dépendance affective, plus facile que d’y résister. Cependant, ce n’est pas systématique, voyez cela comme un danger qui nécessite une prévention. Se connaitre soi-même pour ne pas se perdre dans l’autre étant la clé d’une relation saine.
Voici plusieurs recommandations préventives.

  • Verbaliser ses besoins, ses désirs, ses envies à l’autre : Dites ce que vous voulez, ce dont vous avez envie et besoin. Par exemple, n’hésitez pas à dire que vous avez besoin de moments seuls, et de vous le dire à vous-même.
    Ce besoin de solitude est naturel, cela ne signifie pas que vous n’aimez pas votre conjoint. On pourrait penser qu’une distance s’installe lorsqu’on est souvent chacun de son côté. Au contraire, ce sont ces moments pour soi qui renforcent votre couple et réduisent la distance (Séguin, 2019).

  • Être à l’écoute de soi, apprendre à se connaitre : Cette recommandation rejoint mon précédent conseil. Dirigez votre vie selon vos besoins et vos désirs, pas ceux des autres. Parlez de vous, vivez de nouvelles expériences pour mieux vous connaitre.
    Plus concrètement, vous pouvez rédiger un journal intime, une sorte d’introspection pour se découvrir soi-même. Le journal intime n’est pas réservé aux enfants, cela est également bénéfique pour les adultes. Il permet de mettre des mots sur ce que vous vivez et de libérer la parole sur ce que vous ressentez (Versaevel, 2019).

  • S’affirmer : Ne vous satisfaisiez pas de ce qu’on vous donne, demandez, exigez, prenez la parole. Une fois que vous vous connaissez mieux, exigez le respect et la considération que vous méritez. Cette étape permet d’améliorer votre estime de soi, c’est un cercle vertueux.
    Vous pouvez faire un travail de pleine conscience, qui permet d’analyser ses propres pensées et émotions (Versaevel, 2019). Pour en savoir plus sur la peine conscience, je vous invite à aller lire l’article de Dina ici.

  • L’identité : Votre identité doit demeurer inchangée en présence de l’autre. Acceptez vos propres besoins, votre vulnérabilité pour mieux vous connaitre et mieux apprécier votre compagnie (Séguin, 2019).
    En effet, c’est avec vous-même que vous allez passer le plus de temps dans votre vie donc apprenez à vous aimer. Il est indispensable d’apprendre à prendre soin de vous avant de prendre soin de l’autre. Votre façon de vous voir et de vous représenter changera forcément votre façon d’agir.

  • Le partage des responsabilités : C’est en développant votre maturité émotionnelle que vous allez réaliser l’importance de cette étape. Chacun est responsable de son bien-être. En revanche, vous êtes ensemble responsable du bien-être de votre couple. Le but étant de tendre vers un équilibre (Séguin, 2019).

Créez-vous un monde que vous aimez et intégrez-y votre conjoint (Séguin, 2019). C’est un processus d’intégration, pas de construction. Votre monde doit être composé d’éléments distincts qui forment un ensemble cohérent. Le couple est un de ces éléments, mais pas le seul et l’unique. Avoir son propre monde en dehors du couple permet d’être indépendant.

La dépendance affective n’est pas le seul dénouement d’une relation heureuse et passionnée, il existe de multiples autres façons d’aimer. Choisissez la bonne.

Bibliographie :

  • Gellman, R. (2001). Les petits couples en 2001. Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique, Volume 159, pp. 722-725.

  • Roubeix, H. (2008). De la dépendance amoureuse à la liberté d’aimer. Eyrolles.

  • Séguin, L. (2019). Développer une façon plus saine d’être en relation avec moi-même, puis avec l’autre.

  • Berger, V. (2016). Les dépendances affectives. Eyrolles.

  • Versaevel, C. (2012). Personnalité dépendante et dépendance affectives : stratégies psychothérapeutiques. L’encéphale, Volume 38, pp. 170-178.