Black Life Matters !
Un seul cri de révolte pour l’unité de tous. À dimension transnationale, ce slogan né d’un hashtag a su remettre sur le devant de la scène médiatique la question du racisme. Condamnant ainsi, la culture révoltante qu’est celle de l’opposition du « eux » et du « nous ».

Que ce soit sur vos réseaux sociaux, dans la rue, en lisant votre journal du matin ou encore d’un ami, vous avec forcément entendu parler de ce mouvement devenu politique.
Tout a commencé aux États-Unis en 2013, Georges Zimmerman est acquitté pour son meurtre. Le meurtre d’un jeune homme de 17 ans, Trayvon Martin (1). Un acquittement symbole de préjudice pour toutes les minorités ethniques du monde. À côté de cela, en France c’est Adama Traoré qui meurt en 2016 suite à son interpellation par la police. Ces iniquités ont fait se peindre un des mouvements les plus puissants du monde, un mouvement humaniste pour l’égalité.

La majorité des définitions s’accordent pour définir le racisme comme un traitement différentiel selon l’ethnicité (2).
D’après la Commission nationale consultative des droits de l’homme, le score de tolérance se situe autour de 66 sur 100 (100 étant l’indice le plus élevé) en France (3). Ainsi, bien que plutôt bon, ce score montre que les lacunes subsistent et que le combat continue.

Ainsi, quel impact le racisme peut-il avoir sur notre santé mentale ?
Les discriminations sont nécessairement nuisibles me diriez-vous, mais comment peuvent- elles nuire ses victimes ?

Les impacts sur la santé mentale :

La discrimination raciale commence très tôt dans la vie d’un individu, que ce soit de façon directe, ou indirecte à travers l’expérience perçue de ses pairs. Engendrant chez l’enfant, ou l’adolescent un nombre considérable de séquelles.

  • Une multitude de travaux ont d’abord insisté sur les impacts biologiques des actes répétés de discrimination, faisant du racisme un véritable nid à pathologies, comprenant à titre d’exemple : le diabète, l’obésité ou encore les infections. En effet, le racisme réel ou encore perçu augmente le taux de cortisol dans le corps (4). Ce taux anormalement élevé va également s’attaquer à la santé mentale de l’individu, favorisant le stress, l’anxiété, ou encore la dépression.
  • Ce n’est pas tout, puisque d’autre recherches ont démontré que les perceptions du racisme sont associées à la colère, aux problèmes de conduites et aux comportements délinquants chez les ados et pré-ados (5) (2). Ainsi un « laisse pas ton sac ouvert, y a un arabe ici » d’un camarade de classe, peut se révéler être un réel activateur de comportements violents.

  • Une fois adulte, comme devenues une constante dans la vie de sa victime, les conséquences du racisme ne s’arrêtent pas. Que ce soit pendant la poursuite de ses études ou en début de carrière, un individu provenant d’une minorité ethnique devra, malgré lui, faire face à des rencontres discriminatoires répétées avec des collègues ou des étudiants, rencontres exacerbant le sentiment d’exclusion et d’hyper vigilance. Un « tu n’es pas noire pour rien » suite à une petite erreur, « c’est sympa que tu fasses des études, ce n’est pas commun pour quelqu’un comme toi », ou encore « t’es nul en maths pour un Chinois » peuvent s’avérer être des remarques très heurtantes. Ces expériences vont venir épuiser les énergies physiques et mentales des répondants. Selon Harvey Wingfield, ces derniers font beaucoup de travail émotionnel, engendrant une « fatigue raciale au combat » (4). Ainsi, il est indéniable que ces séquelles auront de fortes chances d’entraver la progression de carrière de tout un chacun.

  • Malheureusement, cela n’est pas tout, ce catalyseur qu’est la discrimination engendre une nouvelle charge psychologique à travers un procédé dit « épigénétique ». Crée par le généticien et biologiste Conrad Hal Waddington, ce terme fait référence à l’inscription dans un gène de toute expérience de préjudice ou d’expérience traumatique, puis sa transmission à sa descendance (6). De ce fait, l’expérience personnelle des parents d’un individu issu d’une minorité ethnique risque d’être transmise à travers un gêne candidat et par ce biais d’être un facteur facilitateur à l’émergence de la maladie (7).

Un seul constat, le racisme est redoutable.

Force est de constater que les impacts sont multiples et importants, mais est-il possible de les atténuer ?

Tips pour lutter contre le racisme et ses effets toxiques :

  • Commencer par développer de la compassion pour soi : donnez-vous du temps et de l’espace pour être conscients de vos émotions. Cela signifie qu’il faut s’offrir en guise de cadeau, chaque jour, un petit moment en compagnie de soi pour s’ancrer dans le moment présent et pouvoir ressentir ses émotions et ainsi en être pleinement conscient.

  • La communication : des études ont démontré que parler du racisme aux autres est une stratégie d’adaptation courante (8). Le fait de se lier aux autres se révèlerait être associé à un meilleur bien-être parmi les minorités.

  • Construire son identité : Avoir une vraie connaissance de son identité et de ses origines ethniques. Et surtout avoir conscience de l’existence des biais implicites (9). C’est l’ensemble des attitudes que nous avons envers les gens ou les stéréotypes que nous associons à eux de façon inconsciente. Bien qu’appartenant à une minorité, nous pouvons être nous-même victimes de ces biais inconscients.

  • La sensibilisation : parler du sujet du racisme avec autrui est à la fois une façon d’en connaitre plus sur soi-même mais aussi de sensibiliser au racisme des individus qui ne le vivent pas quotidiennement et ne mesurent donc pas totalement les impacts réels que cela peut avoir sur notre santé mentale.

  • Se rappeler que l’on a le droit de communiquer son mécontentement dans le cas d’une discrimination : Les rencontres racistes sont très difficiles à gérer. Celles-ci peuvent manifester en nous un panel large de sentiments négatifs. Et c’est le droit de tout un chacun de se défendre dans le cas d’une expérience de cette nature. Il est donc important de communiquer avec des mots claires, fermes et précis sans tomber dans la violence ni la méchanceté.

Arundhati Roy, écrivaine et militante Indienne, a dit un jour « On ne fera pas un monde différent avec des gens indifférents ». C’est sur ces paroles de sagesse que je vous invite à adhérer à une philosophie d’origine africaine, celle de l’Ubuntu, dont le principe aussi simple que beau est de détruire les murs qui séparent les humains de leur prochain et ainsi de leur propre humanité.

INFOS PRATIQUES :

1- Un individu noir a plus de chance d’être diagnostiqué schizophrène qu’un individu blanc (9).

2- L’ethno-psychopharmacologie est une science qui s’adapte au matériel génétique d’un individu pour le traiter. Celle-ci a pris un essor particulièrement important en Amérique du Nord au cours des quinze dernières années (11). 

3- Un patient noir a deux fois plus de chance d’être assisté par la police dans son cheminement vers les soins, comparativement à un patient blanc (12).

BIBLIOGRAPHIE :

  1. Anderson-Carpenter, K.D. Black Lives Matter Principles as an Africentric Approach to Improving Black American Health.  Racial and Ethnic Health Disparities(2020). https://doi.org/10.1007/s40615-020-00845-0
  2. Priest N, Paradies Y, Trenerry B, et al. A systematic review of studies examining the relationship between reported racism and health and wellbeing for children and young people. Soc Sci Med 2013;95:115-27. doi: 10.1016/j.socscimed.2012.11.031
  3. Commission nationale consultative des droits de l’homme. (2019, juin). LA LUTTE CONTRE LE RACISME, L’ANTISÉMITISME ET LA XÉNOPHOBIE (29). La documentation Française. Consulté à l’adresse https://www.cncdh.fr/sites/default/files/rapport_racisme_-_v_definitive_08_06_2020.pdf
  4. Stress and Health: Journal of the International Society for the Investigation of Stress, Sep 25, 2020.
  5. Pachter, L. M., & Coll, C. G. (2009). Racism and child health: a review of the literature and future directions. Journal of developmental and behavioral pediatrics : JDBP30(3), 255–263. https://doi.org/10.1097/DBP.0b013e3181a7ed5a
  6. Dubois, M., Guaspare, C. & Louvel, S. (2018). De la génétique à l’épigénétique : une révolution « post-génomique » à l’usage des sociologues. Revue française de sociologie, vol. 59(1), 71-98. https://doi-org.sirius.parisdescartes.fr/10.3917/rfs.591.0071
  7. Heard-Garris, N. J., Cale, M., Camaj, L., Hamati, M. C., & Dominguez, T. P. (2018). Transmitting Trauma : A systematic review of vicarious racism and child health. Social Science & Medicine, 199, 230‑240. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2017.04.018
  8. Brondolo, E., Brady ver Halen, N., Pencille, M., Beatty, D., & Contrada, R. J. (2009). Coping with racism : a selective review of the literature and a theoretical and methodological critique. Journal of Behavioral Medicine, 32(1), 64‑88. https://doi.org/10.1007/s10865-008-9193-0
  9. Dambrun, M., & Guimond, S. (2003). Les mesures implicites et explicites des préjugés et leur relation: Développements récents et perspectives théoriques [Implicit and explicit measures of prejudices and their relationship current developments and theorical perspectives]. Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 57,52–73.
  10. Bhui K, Ullrich S, Coid JW. Which pathways to psychiatric care lead to earlier treatment and a shorter duration of first-episode psychosis? BMC Psychiatry 2014;14:72. doi: 10.1186/1471-244X-14-72 [published Online First: 2014/03/14
  11. De Plaën, S. (2008). Racisme et science aujourd’hui : vers une nouvelle biologisation de la différence ?. L’Autre, volume 9(3), 373-379. https://doi-org.sirius.parisdescartes.fr/10.3917/lautr.027.0373
  12. Anderson KK, Flora N, Archie S, et al. A meta-analysis of ethnic differences in pathways to care at the first episode of psychosis. Acta Psychiatr Scand 2014;130(4):257-68. doi: 10.1111/acps.12254 [published Online First: 2014/03/04]