« Homme, n’enfonce point ton chapeau sur tes yeux ; fais parler ta douleur ! » – William Shakespeare

Définir la douleur

Selon la perception de chacun, il existe de nombreuses définitions de la douleur. L’OMS la définit comme « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable » quand David Le Breton, anthropologue et sociologue français, estime que « la douleur n’est pas un fait physiologique, mais un fait d’existence ». Ainsi, elle est propre à chaque individu, qui est seul juge de ce qu’il ressent.

Pour le corps, la douleur est généralement un signal d’alarme, une sensation souvent vive et immédiate qui prévient d’un danger et permet à la personne de se protéger rapidement. Lorsqu’elle est chronique, elle peut être le signe d’une pathologie ou d’un dysfonctionnement au niveau de son développement et de son ressenti. Néanmoins, tout le monde a une connaissance et une interprétation propre de la douleur, souvent liée aux expériences passées, au contexte dans lequel elle est vécue, aux émotions qui l’accompagnent et au niveau de résistance face à la souffrance.

Finalement, la douleur a pour fonction première d’influer sur notre comportement avec pour objectif de nous protéger. Toutefois, il existe de nombreuses situations où la douleur est un avertissement constant avec laquelle il faut vivre. Et puisqu’elle agit sur notre fonctionnement, il peut être important de trouver des moyens pour la soulager.

Traiter la douleur

  • Méthodes pharmacologiques

Il existe de nombreux traitements médicamenteux pour soulager la douleur, et ce sont souvent les plus efficaces quand il s’agit de la traiter à court terme. On retrouve notamment les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS ou analgésiques), tels que l’aspirine ou l’ibuprofène, qui traitent les douleurs légères ou modérées, comme les maux de tête ou les rhumatismes. Pour les douleurs légères ou aiguës, certains opiacés ou narcotiques peuvent être prescrits, comme l’oxycodone, la morphine ou encore la codéine. Plutôt utilisés pour éliminer temporairement la sensation de douleur, il est également possible d’avoir recours à des anesthésiques (lidocaïne, protoxyde d’azote…). Enfin, il existe d’autres médicaments, comme les antidépresseurs ou les anticonvulsifs, dont l’effet premier n’est pas d’agir sur la douleur, mais qui peuvent avoir un effet indirect d’apaisement. Il est important de noter que les méthodes pharmacologiques sont souvent plus efficaces si elles sont alliées à des stratégies physiques et comportementales, de façon à traiter la douleur sur le long terme.

  • Thérapies physiques et approches mécaniques

Les thérapies physiques visent plutôt à utiliser des méthodes naturelles, comme l’application de chaud ou de froid sur la douleur, les massages, la neurostimulation transcutanée (via des courants électriques) ou encore les exercices de respirations. Souvent, ces soins agissent sur le court terme et sont des moyens plutôt passifs. Il est ainsi intéressant de les combiner avec des approches plus mécaniques, comme la physiothérapie, qui agit de manière active sur le corps, en lui permettant un exercice régulier, important pour améliorer la circulation du sang, l’endurance, le tonus et par conséquence la guérison. L’ergothérapie est également une méthode avantageuse, dans le sens où elle permet la rééducation et la réhabilitation de la personne, et offre donc un soutien, un moyen de se sentir à nouveau capable d’agir dans le quotidien. Finalement, s’il est séduisant de réduire rapidement la douleur, un moyen efficace de la traiter est de se débarrasser de la peur d’avoir mal, en remettant le corps en mouvement et en retrouvant ainsi des conditions de vie normales, un des objectifs principaux du rétablissement.

  • Méthodes alternatives

De nombreuses méthodes alternatives sont utilisées pour traiter la douleur, comme la sophrologie, l’acupuncture, l’hypnose, la visualisation, le yoga et ainsi de suite. Ces approches, moins invasives et plutôt efficaces, ont l’avantage d’agir autant sur le corps que sur l’esprit, ce qui est fondamental dans le traitement de la douleur.

Agir sur le mental

  • Gérer la douleur par la psychothérapie

Les zones cérébrales qui envoient les messages de douleur sont proches de celles qui contrôlent notre état d’esprit, mais aussi notre comportement, notre attention, nos apprentissages et nos émotions. Ainsi, le ressenti de la douleur peut être modifié par nos expériences passées et par le contexte dans lequel elle est vécue, qui permet ainsi dans certains cas de tout à fait maîtriser et accepter la douleur. Finalement, un évènement positif va entraîner une perception plus tolérable de la douleur. A l’inverse, si nos pensées, émotions ou comportements interprètent la douleur comme quelque chose de négatif, cette dernière n’en sera que plus forte.

En effet, cela forme un cercle vicieux où lorsque la douleur augmente, la tension musculaire aussi, entraînant avec elle une colère, un stress, une anxiété, une dépression plus importante, accentuant encore la fatigue et la douleur, et ainsi de suite. L’humeur va donc influencer la douleur, et peut avoir pour principale conséquence de l’entretenir. C’est à ce niveau-là que la psychothérapie intervient, à la fois pour agir directement sur le mental, mais également pour comprendre et gérer cette souffrance, par exemple en apprenant à agir sur notre niveau d’anxiété lorsque la douleur apparaît.

  • Eliminer les pensées négatives

Puisque les émotions ont une grande influence sur la perception de la douleur, essayer d’identifier et d’analyser les pensées négatives peut être un bon moyen de soulager la douleur. Ainsi, et même si ces pensées sont généralement inconscientes et automatiques, tenter de comprendre qu’on a tendance à dramatiser ou simplement se distraire, sont de bons moyens de relativiser et ainsi de mieux appréhender la douleur.

  • Se déconditionner

Un autre outil pour faire face à la douleur est le déconditionnement. En effet, bien souvent l’idée de la douleur ou la peur d’avoir mal est bien pire que la sensation douloureuse elle-même (par exemple l’idée de la piqûre). Confronter cette peur ou la douleur elle-même est donc un bon moyen pour se libérer de cette condition psychologique. Il est toutefois important, notamment pour les douleurs aiguës, de séquencer les confrontations avec la douleur, afin d’éviter l’effet inverse, c’est-à-dire que l’appréhension ne s’installe définitivement.

Finalement, apprendre à accepter la douleur, et à cesser de la fuir, permet de se détendre, et donc de décrisper les muscles, ce qui a pour bénéfice de diminuer la sensation douloureuse.

  • Accepter et s’engager

Enfin, une dernière méthode, plus subjective et utilisée par le biais des thérapies cognitives comportementales ou de la méditation en pleine conscience par exemple, imagine de neutraliser les zones qui sont responsables du ressenti de la douleur. Ainsi, en modifiant notre vécu, et donc le contexte émotionnel d’apparition de la douleur, celle-ci peut être traitée. Il s’agit finalement de dissocier le cognitif du sensoriel, et ainsi de changer notre perception de la douleur par l’acceptation de cette dernière comme faisant partie de nous, ce qui permet de s’engager dans l’instant présent, et de ne plus se laisser envahir par la douleur.

Finalement, influencé par son vécu et son humeur, chacun aura une façon différente de vivre et de ressentir la douleur, qu’elle soit aiguë ou chronique. Et s’il existe de nombreuses méthodes pour soulager la douleur, à court ou à long terme, il est propre à chacun de trouver celle qui lui correspond le mieux.