Rares sont les troubles qui poussent tant les médecins dans les limites de leur exercice que le syndrome de Münchausen. Un syndrome qui a emprunté son nom au Baron de Münchausen, un officier allemand du XVIII e siècle réputé pour ses fanfaronnades. Ce personnage devenu célèbre dans le monde entier, s’est vu devenir le héros de différents récits, reprenant ses aventures tant extraordinaires, fantaisistes que fantastiques. Histoires qui bien que se déclarant purement imaginaires, arrivent depuis des générations à nous convaincre de leur véracité le temps d’un livre ou d’un film.

Cette même ambivalence est partagée par le syndrome de Münchausen, aujourd’hui désigné de trouble factice, qui confronte tant le patient que son entourage à un débat entre mensonge et réalité

Le trouble factice est une atteinte psychiatrique, caractérisée par le besoin de simuler ou provoquer une ou plusieurs pathologies. Il englobe à la fois le syndrome de Münchausen et le syndrome de Münchausen par procuration (Münchhausen-by-proxy-syndrom). 

La classification internationale des maladies (CIM-10) inventorie ce trouble dans un des chapitres, le présentant comme un « trouble de la personnalité et du comportement chez l’adulte »

Il faut distinguer deux versions des troubles factices :

  1. Le syndrome de Münchausen direct : dans le cas d’un tel syndrome, le malade provoque en lui-même une pathologie organique, puis il contacte un médecin sans lui dire ce qu’il a fait, ce qui conduit à des examens et des traitements inutiles et même dangereux, tel que l’amputation d’un bras à la suite d’une gangrène provoquée par lui. On peut notamment trouver un exemple de ce type dans«Une histoire sans nom» de Barbey D’Aurevilly,qui décritdans une nouvelle du XIXe siècle des femmes qui se vident de leur sang devant des médecins impuissants devant leur autodestruction. (2)
  2. Le syndrome de Münchausen par procuration : décrit par Meadow en 1977, ce syndrome est une forme rare de maltraitance. Il consiste à inventer ou à produire des symptômes, le plus souvent chez un enfant, dans le but de créer une relation ambivalente de dépendance et d’hostilité avec le corps médical. (3) Ainsi, les individus souffrant de ce syndrome vont cette fois-ci nuire à autrui. Il s’agit malheureusement très souvent de mères, de grand-mères mais également de nounous. Et leurs victimes sont généralement des enfants de bas âge. (3)

Ces comportement d’auto ou d’hétéro-mutilation se réalisent généralement en cachette. On hypothétise que leurs acteurs sont en état de conscience dissociatif lors du passage à l’acte. C’est à dire dans un état de conscience modifiée ou l’individu n’a pas accès à sa pensée, ses émotions et ses comportements.

Causes : 

Il est indéniable que le syndromes factices sont complexes. Néanmoins, plusieurs facteurs ont été identifiés comme causes possibles de cette situation. On y compte :

  • Les traumatismes émotionnels ou maladies ayant entraîné des soins médicaux majeurs pendant l’enfance.
  • Les troubles de la personnalité  qui peuvent entraîner des schémas de pensée et des comportements anormaux.
  • Le ressentiment envers les autorités ou les professionnels de la santé.
  • Les cas d’abandon et de négligence parentaux.
  • Tout autre traumatisme infantile.

Par ailleurs, il est à noter que le service national de santé souligne que les personnes qui ont reçu des soins médicaux à long terme pendant leur enfance sont plus susceptibles de développer le syndrome de Münchausen par le biais de mères porteuses adultes. Cela peut être lié au fait qu’ils associent les souvenirs d’enfance au sentiment d’être pris en charge. En vieillissant, ils feront semblant d’être malades et essaieront d’obtenir le même réconfort.

Traitements possibles :

Une thérapie efficace pour les troubles factices n’existe malheureusement pas à l’heure actuelle.

Dans la plupart des situations, on se dirige vers une hospitalisation plus ou moins longue  qui est associée parfois à une pharmacothérapie.

Dans le cas d’un syndrome de Münchausen par procuration, il est souvent nécessaire que des mesures judiciaires et administratives soient prises afin de protéger l’enfant. 

 

Quoi qu’il en soit, force est de constater que ce que Georges Dieulafoy a désigné en 1908 de  « pathomimie »  est un trouble dévastateur. Un trouble qui par sa nature funeste s’éloigne diamétralement des histoires du Barron de Münchausen, marquées par leur grande légèreté. 

Récemment, des séries et films américains ont mis en lumière ce syndrome, on y compte The act (2019) où on conte l’histoire vraie de Gypsy Blanchard, dont la mère a fait croire toute sa vie à tout le monde qu’elle était gravement malade. Ou encore Gone girl (2014) ou Proxy (2013), des films reprenant le syndrome du münchausen classique, faisant de ce trouble l’essence d’un large  panel de scénarios et d’histoires aussi diversifiés que celles du plus grand affabulateur de l’histoire : l’incontournable Barron de Münchausen. 

BIBLIOGRAPHIE

1- Eliacheff, C. (2005). Le syndrome de Münchausen par procuration psychique. Figures de la psychanalyse, no 12(2), 149-164. https://doi.org/10.3917/fp.012.0149

2 –  Decherf, G. (2001). Syndrome de Münchhausen par procuration (SMPP) ou la symbolisation transgénérationnelle par procuration (STPP). Le Divan familial, 7(2), 167-178. https://doi.org/10.3917/difa.007.0167

3- Cartiser, N., Guinet, T., Bevalot, F., & Fanton, L. (2020). Nourrisson victime d’un syndrome de Münchhausen par procuration impliquant l’administration de multiples psychotropes : analyses toxicologiques capillaires, données médicales et aveux de la mère. Toxicologie Analytique et Clinique, 32(4), S30. https://doi.org/10.1016/j.toxac.2020.09.062

4- Roudot-Granaux, C. & Wolf-Fédida, M. (2014). Le silence de mort du syndrome de Münchhausen par procuration. Cliniques méditerranéennes, 89(1), 91-104. https://doi.org/10.3917/cm.089.0091