Se laver les mains de façon répétée et excessive, vérifier sans cesse que son four est éteint, remettre sans arrêt les objets à une place bien précise, se répéter un mot silencieusement à la fin de chaque phrase, compter dans sa tête sans réussir à se contrôler, avoir des pensées ou images mentales qui tournent en boucle dans notre tête sans qu’on le veuille… Tous ces exemples sont des symptômes du trouble obsessionnel compulsif. Nous allons parler de ce trouble qui rempli le quotidien de doutes, de pensées obsessionnelles et de rituels : le trouble obsessionnel compulsif.

 I. Petite introduction pour remettre les choses dans leur contexte

Le mot « TOC » est parfois utilisé à tord et à travers dans le langage courant, pour désigner par exemple quelqu’un qui se lave les mains plus souvent que la moyenne, alors que ce n’est pas forcément un TOC. C’est d’ailleurs à cause de son usage erroné dans le langage courant que ce trouble peut parfois être minimisé. Pour autant,  le trouble obsessionnel compulsif est un trouble mental qui engendre des conséquences notables et handicapantes sur la vie des personnes qui en souffrent. Il est à noter que ce trouble touche tout de même 2 à 3% de la population, il est donc le 4ème trouble le plus fréquent après les troubles anxieux, les troubles dépressifs et les addictions. C’est donc un trouble relativement fréquent mais qui est minimisé, raison pour laquelle il semblait important de parler de cette pathologie.

Une dernière chose avant de rentrer dans le vif du sujet, il ne faut pas confondre un TOC et un TIC. Le TOC est un trouble mental alors qu’un TIC correspond à des mouvements répétitifs et incontrôlables d’une partie du corps.

II. Quelles sont les caractéristiques du trouble obsessionnel compulsif ?

Tout d’abord, ne t’inquiète pas. Ce n’est pas parce que tu vérifies ta porte d’entrée une fois avant de partir de chez toi ou que tu aimes avoir ton intérieur rangé que tu as forcément un TOC ! Ce trouble a des caractéristiques bien précises : les obsessions, les compulsions/rituels, l’évitement et les difficultés que tout cela engendre.

  • Les obsessions

Les obsessions sont des pensées, des impulsions ou des images mentales qui surgissent de manière récurrente, persistante et répétitive. Ces intrusions mentales sont intrusives et anxiogènes. Je vais te donner un exemple pour que tu puisses te représenter ce qu’est une obsession. Imaginons : tu dois partir de chez toi ; si tu souffres de TOCs de vérification, tu peux avoir des pensées telles que « Est-ce que j’ai fermé la porte à clé ? Est-ce que j’ai éteint le four ? Est-ce que j’ai fermé le robinet ? Est-ce que j’ai éteint les lumières ? etc. ». Cela arrive à tout le monde d’avoir un doute une fois ou deux sur le fait d’avoir éteint le four ou fermé la porte. Mais dans le TOC, ce doute est constant, tous les jours, à chaque fois que tu sors de chez toi et surtout, ce doute est incontrôlable et irrationnel. C’est-à-dire que même si tu passes une heure à vérifier que tu as éteint ton four ou tes lumières avant de partir de chez toi, tu auras toujours ce doute : « Est-ce que j’ai bien tout vérifié ? ». Et ces pensées peuvent tourner en boucle dans ta tête jusqu’à ce que tu sois rentré chez toi. C’est d’ailleurs parce que ces pensées sont intrusives, incontrôlables et anxiogènes que tu réalises des rituels/compulsions.

  • Les compulsions

Les compulsions/rituels sont des comportements (vérifier, se laver les mains…) ou actes mentaux (compter, répéter des mots dans sa tête…) répétitifs que la personne se sent obligée de réaliser. Les rituels ont pour but de neutraliser ou diminuer l’anxiété que provoquent les obsessions. Par exemple : une personne qui a des obsessions de contamination (peur d’attraper une maladie ou de la transmettre) pourrait avoir comme rituel de se laver les mains 6 fois après avoir touché une poignée de porte. La personne aura le sentiment que se laver les mains 6 fois enlèvera toutes les bactéries et virus de ses mains, et empêchera donc toute contamination. Le but de ce lavage des mains excessif est donc de ne plus avoir la peur de contaminer quelqu’un ou d’attraper une maladie : la peur s’en va grâce au rituel, donc l’obsession disparaît.

Souvent, les rituels sont liés à une obsession de répétition précise (« je me lave 6 fois les mains, 5 fois ce n’est pas bon et 7 non plus, il faut que ce soit 6 fois ») ou sont liés à un soulagement (« je me lave les mains jusqu’à ce que je sente que c’est bon »). Le premier souci dans les rituels, c’est que la personne se sent dans l’obligation de les réaliser, avec la sensation qu’elle est incapable de ne pas le faire (« je sais que c’est absurde de me laver les mains 6 fois d’affilé, mais c’est plus fort que moi »). La personne va se laver les mains 6 fois dans un premier temps, ce qui va supprimer l’obsession et donc l’angoisse. Le second souci qui rend le TOC difficile à combattre est qu’avec le temps, 6 fois ne suffira plus, et le rituel devra être fait 7 fois, 8 fois, 15 fois avant de supprimer l’angoisse.

Il existe des rituels ouverts, c’est-à-dire observables par les autres (se laver les mains, vérifier des choses…) et des  rituels couverts, c’est-à-dire indétectables par les autres (compter dans sa tête, répéter des mots mentalement…). Souvent, les rituels ouverts sont accompagnés de rituels couverts. Par exemple : vérifier qu’on a éteint la lumière en appuyant sur l’interrupteur 12 fois (rituel ouvert) tout en se répétant « c’est éteint » dans sa tête (rituel couvert).

  • L’évitement

En plus des obsessions et rituels, la personne atteinte de TOC peut avoir tendance à éviter les situations qui vont provoquer des obsessions, et donc les rituels. Par exemple, une personne qui a une obsession de contamination évitera au maximum de sortir de chez elle. Pourquoi ? Parce que si elle sort de chez elle, elle va avoir peur d’attraper une maladie (obsessions) donc elle passera son temps à se laver les mains (rituels) ou à éviter de toucher à quoi que ce soit, ce qui est handicapant dans la vie de tous les jours. Donc, pour éviter d’avoir ces obsessions qui engendreront ces rituels, elle préférera ne pas sortir de chez elle. Une personne qui a la peur de faire du mal aux autres évitera de mettre des couteaux pointus à table etc.

  • L’altération de la vie quotidienne, professionnelle et/ou sociale

Comme tu peux t’en douter, entre les obsessions, les compulsions et les évitements, le  quotidien d’une personne qui souffre de TOCs n’est pas évident tous les jours. En effet, pour faire le diagnostic d’un TOC, il faut que les obsessions, rituels et/ou évitements durent au moins 1h par jour, engendrent une grande détresse ou altèrent le fonctionnement social, professionnel, scolaire et/ou quotidien. Pour reprendre l’exemple de la personne qui souffre d’un TOC de contamination, elle n’ose plus sortir de chez elle, ce qui engendre une altération de son fonctionnement social (ne voit plus ou rarement ses proches), professionnel ou scolaire (ne va plus à l’école ou au travail, ou passe son temps à faire des rituels quand il y est), ou quotidien (passe son temps à tout nettoyer).

ATTENTION : Le diagnostic de TOC est posé par un médecin uniquement lorsque l’on ne peut pas expliquer les symptômes par une maladie somatique (maladie neurologique…), par la prise de médicaments ou substances, ou par une autre maladie psychiatrique (troubles anxieux, troubles psychotiques…).

III. Les thématiques des TOCs

Dans cet article, je t’ai parlé de TOCs en prenant les thématiques les plus courantes. Mais les TOCs peuvent avoir énormément de thématiques différentes :

  • L’erreur : obsession de ne pas avoir correctement fait quelque chose, associée à une compulsion de vérification (peur d’avoir mal fermé la porte donc la vérifier 16 fois en l’ouvrant et la fermant).
  • Le nettoyage : obsession de contamination, associée à une compulsion de nettoyage (peur d’attraper une maladie,  donc se laver les mains 6 fois à chaque fois que quelque chose de l’extérieur est touché).
  • La symétrie : obsession que tout doit être symétrique associée à des compulsions de rangement et de comptage (peur que les objets ne soient pas symétriques ou rangé, donc ranger pendant 4 heures par jour).
  • Les pensées interdites : obsessions agressives, sexuelles envers les autres ou soi-même, en lien avec des compulsions mentales ou autres (par exemple avoir peur de faire du mal à son mari, donc se répéter 5 fois par jour « je ne lui ferais pas de mal »).
  • Le malheur : obsession de devoir protéger autrui, associée à une compulsion mentale ou  comportementale visant à annuler le risque de malheur (par exemple ne jamais porter un tee-shirt rouge le premier lundi du mois pour éviter un accident de voiture, ou si on pense à un malheur, compter jusqu’à 24 dans sa tête pour que le malheur n’arrive pas).
  • Et bien d’autres encore…

Pour résumer

Le TOC est un trouble très handicapant : à cause des obsessions, des compulsions, des évitements, du temps que cela prend sur le quotidien, et tout cela en ayant le sentiment que le TOC est plus fort que nous et qu’il nous est impossible de le combattre. C’est un trouble mental qu’il ne faut pas prendre à la légère puisqu’il peut interférer grandement avec notre quotidien. Donc si tu penses souffrir de TOCs, tu peux contacter un psychiatre ou un psychologue, si tu en ressens le besoin, afin d’entamer une prise en charge pour aller vers un mieux être ! Par ailleurs, si cela t’intéresse, le prochain article parlera justement des différentes prises en charge du TOC.