« L’échec scolaire n’est pas un échec de vie. » – M-H Montès

D’une manière générale, le nombre d’échecs scolaires a plutôt tendance à augmenter ces derniers temps. Ils peuvent être la conséquence de troubles de l’apprentissage non pris en charge, mais il existe également un nombre important de facteurs culturels ou socio-économiques. Habituée à travailler avec des personnes en milieux défavorisés et des enfants en difficulté, Marie-Hélène, coach et enseignante formée en Programmation Neurolinguistique, s’est fixée pour objectif d’aider ces adolescents à réintégrer un milieu socio-professionnel adapté. Une volonté d’abord sociale, mais également un défi qui permet de donner une nouvelle chance, et une meilleure vie, à des jeunes laissés pour compte par la société.

              Qui sont-ils ?

Il existe un nombre infini de profils différents, propres à chacun, avec leurs caractères, leurs blessures et leurs personnalités diverses et variées. Toutefois, ces jeunes partagent souvent un parcours relativement similaire, avec un décrochage scolaire ou une mise à l’écart de la part des professeurs à l’adolescence. Ainsi, ils présentent en général un passé compliqué, que ce soit au niveau social (milieux difficiles, foyers, etc) ou éducatif, même si certains ont eu au contraire une enfance tout à fait tranquille. Fréquemment, ce sont des élèves qui ne suivent pas les règles de groupes, ne font pas leurs devoirs, ont un vocabulaire relativement pauvre, sont persuadés qu’ils sont mauvais et rêvent de gagner beaucoup d’argent sans faire d’efforts.

Toutefois, ici le passé n’est pas pris en compte. Seul le présent, et ce qu’il se passe en classe est important pour établir un profil de l’élève et lui apprendre à apprendre, et à sociabiliser.

              Objectifs et méthodes

Ainsi, le postulat de départ est que tous ces adolescents ont des points forts et qu’ils peuvent trouver du plaisir dans un travail qui leur correspond. Il y aura donc un travail important d’observation, à la fois du fonctionnement du groupe, qui permet d’en déduire la place occupée par chacun, mais également du fonctionnement de la personne au sein de ce groupe, révélateur d’un certain nombre de traits de caractères, comme l’agressivité, la timidité, l’asociabilité, etc. L’objectif ici sera d’établir un profil de l’élève le plus précis possible.

(1) Créer un lien de confiance nécessaire pour avancer dans un projet de vie.

La première phase va donc consister à observer et comprendre comment l’individu fonctionne au sein du groupe constitué par la classe, mais également comment il va s’y intégrer. Une fois le profil établi, ses forces et ses faiblesses pourront être utilisées pour créer du lien au sein de la classe, qui deviendra un lieu de confiance. De cette façon, l’équipe qui les prends en charge pourra leur enseigner les codes de l’apprentissage dans un environnement beaucoup plus détendu et apaisé.

(2) Structurer la classe et créer une cohésion de groupe.

Afin de permettre à chacun de s’exprimer en toute liberté, et ainsi de pouvoir apprendre et développer leur créativité, il va falloir réorganiser le groupe en fonction des différents caractères. C’est donc une déstructuration volontaire d’un groupe préétabli afin d’instaurer de nouvelles règles, qui entraîneront une meilleure cohésion de groupe, qui est essentielle pour créer une bonne dynamique de travail mais également afin de révéler les capacités de chaque élève. Ici, il est important d’adopter une vigilance constante, car c’est un équilibre fragile.

(3) Identifier les compétences et les goûts de l’élève.

Une fois qu’une confiance est établie et que la classe est correctement structurée, c’est l’élève qui est au centre de l’attention en tant qu’individu, avec pour objectif de dessiner un profil plus personnalisé, par le biais de jeux (de cartes, de rôles, en équipe, intellectuel ou physique), d’exercices scolaires, de mises en situation (et notamment de stages en entreprise), ou encore par le théâtre ou le jardinage par exemple. Ainsi, l’élève pourra identifier ses habilités et ce qu’il aime, afin de se redonner une certaine confiance, de se situer dans un groupe et d’améliorer la qualité de ses relations sociales. Enfin, l’élève pourra éventuellement se projeter plus sereinement dans un avenir professionnel.

(4) Construire un projet professionnel.

Une fois que le caractère et le comportement social de chaque élève est établi, ceux-ci vont pouvoir recevoir l’aide nécessaire pour commencer à changer leur regard sur eux-mêmes, grâce à de petites réussites et des défis qui leur apprennent à exister en-dehors du groupe et à se projeter dans un futur professionnel. Les élèves, possédant tous un potentiel qui n’attend que d’être dévoilé, pourront alors s’orienter vers quelque chose dans lequel ils sont prêts à s’investir.

              Comment choisir ce futur métier ?

C’est la grande question qui domine la prise en charge des adolescents en échec scolaire. Comment les aider à choisir le futur métier vers lequel ils s’orientent ?

S’il est bien entendu nécessaire de comprendre ce qui les motive et de les guider vers des voies qu’ils ne connaissaient pas ou ne se sentaient pas capables d’emprunter, un point délicat de la prise en charge est le choix du bon professionnel, celui qui va prendre le relai et les suivre pendant toute la durée de la formation. En effet, un point clé de la réussite de ce projet réside sur la synergie entre l’élève et l’employeur. Il peut ainsi être intéressant de rappeler que ce type d’intervention repose avant tout sur l’humain.

              Illustration / Témoignage :

« Je l’appellerai Paul. Casquette vissée sur un crâne rasé, mains enfoncées dans les poches d’un jean troué, baskets aux lacets décoratifs et l’air d’en vouloir à la terre entière, voilà Paul qui se décide enfin à franchir la porte de la classe… En quelques minutes, il est élu chef par le groupe, et il est doué pour entrainer les autres là où il veut, de préférence contre l’ordre et les adultes ! Pendant plusieurs jours il refuse de communiquer avec nous, de s’exprimer autrement que dans le registre de l’agressivité. 

Pourtant, on devine des talents manuels, de la minutie et de la patience. Mais il se mure dans un mutisme têtu et provocateur. Le groupe enseignant pense qu’il n’a pas sa place dans la classe, d’autant qu’il perturbe les autres élèves. Je propose une nouvelle stratégie car s’il ne change pas, il sera exclu de ce groupe. L’idée est de lui donner la responsabilité de la ruche que nous avons dans l’établissement. C’est un travail qui demande de la réflexion et l’application de règles strictes. Travail qu’il va effectuer avec une parfaite maîtrise et une rare maturité. Le dialogue est enfin établi et il nous annonce qu’il souhaite suivre une formation de boulanger. Étrange, car il n’a pas le profil ni la motivation pour travailler le pain… Il y fera quand même un stage, qui se révèlera être un échec total… Mais il s’obstine. 

Pourtant, en classe, les qualités que nous avions détectées pendant les premières semaines se confirment. La chance se range de notre côté, et, comme il ne décroche pas de stage en boulangerie, nous lui suggérons d’aller voir un petit garage qui retape des vieilles voitures et prépare des moteurs pour des rallyes amateurs … Le garagiste cherche un jeune doué de ses dix doigts, patient et minutieux, le reste il en fait son affaire ! 

Paul refuse d’abord de le rencontrer, il dit que tripoter des boulons ce n’est pas son truc, bref une vraie bourrique. Finalement, on lui dit que ce garagiste a plusieurs ruches, et qu’il pourra s’en occuper. Et voilà, c’est comme ça que Paul a rencontré son avenir ! Il découvre la mécanique, comment préparer un moteur de rallye, redonner une jeunesse à une ancienne 4L… et il oublie les humiliations scolaires, il se découvre des talents endormis et dévoile des capacités jusque-là ignorées qui enchantent le garagiste. 

La vie c’est des rencontres. Et parfois, un coup de pouce est nécessaire… C’est ce que nous sommes. Le coup de pouce ! »

Pour conclure, il existe un certain nombre de dispositifs qui permettent cette prise en charge, comme l’Institut Don Bosco, ou des écoles privées et spécialisées dans un domaine de formation comme l’école 42 à Paris, mais également les sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA) dans les lycées ou les établissements régionaux d’enseignement adapté (EREA), où différents intervenants sociaux pourront prendre en charge ces élèves en difficultés.