Avez-vous entendu parler des violences gynécologiques et obstétricales ? Peut-être par le biais d’un proche ou grâce à un témoignage sur les réseaux sociaux. L’accroissement des prises de parole des victimes de VGO (violences gynécologiques et obstétricales) permet à ce sujet d’arriver au-devant de la scène. Cependant, la complexité qui le caractérise ralentit le processus de changement. C’est pourquoi cet article vise à vous expliquer ce que c’est, et à vous faire part du vécu des victimes. Vous aurez aussi l’opportunité de lire le témoignage d’une jeune femme qui malgré son âge, a déjà subi des violences gynécologiques.

Qu’entend-on par violences gynécologiques et obstétricales ?

De nombreux témoignages, en partie sur les réseaux sociaux, ont permis de mettre au premier plan les violences gynécologiques et obstétricales. La médiatisation de ce problème a pris de l’ampleur grâce à la mobilisation de victimes, d’associations et de mouvements féministes. La libération de la parole sur ces violences faites aux femmes a entraîné une remise en question des pratiques médicales en gynécologie et obstétrique. Néanmoins, les VGO restent un sujet qui fait débat. Etant donné qu’il touche la population féminine et le corps médical, il est complexe de le définir et de l’examiner. Cependant, nous allons tenter de donner la meilleure définition possible.
D’après Marie-Hélène Lahaye, la violence obstétricale est « tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de santé, qui n’est pas justifié médicalement et/ou qui est effectué sans le consentement libre et éclairé de la femme enceinte ou de la parturiente ». On en déduit que deux composantes sont indispensables pour comprendre les VGO : l’absence de consentement et l’absence de justification médicale.


Ainsi, un acte effectué pendant l’accouchement, le suivi gynécologique ou à la suite de l’accouchement n’ayant pas été explicité, justifié ou n’ayant pas été consenti par la femme concernée est une violence. Il me parait indispensable que vous ayez en tête une idée précise et claire de ce qu’est une VGO. C’est pourquoi j’insiste sur cette définition.
Pour revenir sur la justification, les actions médicales menées doivent être fondées sur une connaissance des règles et des impératifs de la médecine. La subjectivité du personnel de santé ne doit pas rentrer en compte. Par exemple, les traditions ou rituels ne sont pas autorisés s’ils ne sont pas fondés sur des preuves. Quant au consentement, il fait référence à une loi spécifique : la loi Kouchner. Cette loi de 2002 pose le cadre légal du consentement en France. Elle permet d’imposer la loi dans tout acte médical et de protéger les soignés. Comme dit précédemment, de nombreux acteurs sont en cause. Tout le personnel de santé est concerné. Que ce soit les gynécologues, les obstétriciens, les infirmiers, les sages-femmes, les aides-soignants… Toute personne impliquée est prise en compte. En outre, les violences peuvent toucher différents thèmes : la contraception, le mépris de la douleur ou encore le sexisme.

Quelles conséquences sur la femme victime de VGO ?

Il faut savoir qu’il existe un véritable tabou sur les VGO. Ce silence est lié à plusieurs raisons.
Pour commencer, la norme sociale joue un grand rôle dans ce silence des victimes, et notamment des mères. En effet, la grossesse et la maternité sont communément vues comme une bénédiction, un bonheur permettant de s’épanouir. Or la réalité est tout autre, bon nombre des mères souffrent et traversent de nombreuses difficultés qui sont réduites au silence.
La deuxième raison est la bienséance sociale, l’envie de ne pas choquer, de ne pas briser le tabou. Notamment pendant l’accouchement, il existe un véritable voile sur ce qui se passe concrètement dans la salle. Une jeune mère n’osera pas dire quelle pratique a pu lui faire mal. De peur de choquer en parlant de façon réaliste de ce qu’elle subit. Enfin, intervient l’impossibilité de remettre en cause l’autorité médicale. Le corps médical a une grande influence et autorité. Malgré les violences et la négligence que les mères peuvent subir, la vision héroïque du corps médical subsiste.

Si elles osent prendre la parole et évoquer les violences qui leur ont été faites, elles sont souvent culpabilisées. Etant donné l’image du corps médical, on ne la croit pas et la culpabilise d’accuser un personnel qui lui a permis de donner la vie. On l’accuse de mensonge. Elle devient l’agresseuse alors que le corps médical devient la victime que l’on accuse sans preuves. Les rôles s’inversent. Elle peut alors ressentir de la culpabilité et de la honte, ce qui impacte considérablement son bien-être. Une souffrance qui s’ajoute au traumatisme qu’elle a déjà vécu.
Les VGO ont également une grande répercussion sur l’estime de soi de ces femmes. Principalement pour l’accouchement, un mauvais vécu provoque une baisse de l’estime de soi. Plus précisément, le manque d’explication, d’écoute, de compréhension, de bienveillance et de consentement joue sur l’estime de soi. Le manque de communication entre les soignants et la femme est en grande partie responsable de cette diminution. Elles ne se sentent pas écoutées, ni prise en compte pendant leur accouchement. Ce qui impacte fortement leur vécu de l’accouchement et l’estime qu’elles ont d’elle-même.

Le témoignage d’une jeune femme victime de VGO

Elle a 18 ans, et a connu ses premières violences gynécologiques à l’âge de 16 ans. Pendant ses premiers pas en tant que jeune femme, on la violente de plusieurs façons. Mépris de la douleur, absence de justification des actes médicaux, propos dénigrants, manque d’écoute, de prise en compte… la liste est longue. Elle a vécu ces événements marquants il y a maintenant 2 ans, mais les traces sont toujours présentes. On ne l’a pas cru, on a dénié sa souffrance. On l’a culpabilisé, comme de nombreuses autres victimes de VGO.
« Je pensais que j’étais folle, que c’était ma faute ». Elle a fini par croire que les gynécologues avaient raison, et s’est résignée à suivre leurs directives pour en finir avec ses souffrances. Plus tard, on a découvert que sa douleur était légitime et qu’elle souffrait d’endométriose. Cette découverte l’a aidée à être prise au sérieux après 2 ans chaotiques. Cependant, ce passif de violences gynécologiques l’a marqué. Elle ne va désormais plus chez le gynécologue, de peur de revivre les mêmes violences. Les conséquences sont telles qu’elle a perdu toute confiance en ces derniers.

Cette jeune femme n’est pas la seule, d’autres victimes subissent toutes sortes de violences. Sans même parfois en avoir conscience. Il est temps de délier les langues, de partager pour prévenir. Si vous voulez entendre un autre témoignage je vous conseille vivement l’épisode du podcast de Lucie « J’ai failli ne jamais me réveiller » (épisode 117) de Bliss.Stories. Il illustre parfaitement le propos de cet article. Il est intéressant, bouleversant et très bien construit. Il Allez vite l’écouter !