« Aujourd’hui je me sens complètement dépassée. J’ai l’impression de jouer dans le fameux film « un jour sans fin ». Les journées se répètent avec comme seule différence qui nous change les idées , une demie journée de cours le mercredi . Est-ce suffisant ? Clairement non. Face à une situation nouvelle, le gouvernement a opté pour un enseignement à distance. Or, étudier dans de telles conditions, risque fortement de porter atteinte aux profiles des acteurs de demain, que nous sommes. L’anxiété, le stress, le surmenage m’envahissent. C’est vrai qu’il existe des cellules d’écoutes pour les étudiants en détresse, mais le gouvernement a oublié que nous n’ avons pas uniquement besoin de parler ; nous avons également besoin d’actions.»      Zineb – étudiante en architecture.

Ceci est le témoignage d’une étudiante qui tire la sonnette d’alarme après avoir enduré isolement, angoisses, stress, ou encore précarité. Tous liés ou engendrés par l’enseignement à distance.

Aujourd’hui, sept étudiants sur dix sont inquiets pour leur santé mentale.
Des peurs qui s’avèrent justifiées, puisque selon les professionnels de la santé, environ 75% des vulnérabilités psychiatriques se déclarent entre 16 et 25 ans. Une période charnière durant laquelle apparaissent les grandes pathologies psychiatriques. Ces derniers représenteraient donc une catégorie de la population particulièrement exposée et fragile aux effets de la crise sanitaire.

Un fait qui ne manque pas d’être confirmé par les chercheurs : une étude menée sur des personnes âgées de 18 à 24 ans pendant le confinement britannique a fait état d’une détérioration significative de leur santé mentale, avec près de trois quarts (73%) des étudiants faisant part d’une santé mentale en déclinaison pendant le confinement.

Sans surprise, la France ne déroge pas à la règle. Un sondage réalisé sur la santé mentale à l’université de Paris 3 annonce que 82,7% des étudiants estiment leur santé mentale a été dégradée cette année, 74,7% d’entre eux pensent que les conditions d’enseignement y sont pour quelque chose.

La santé mentale des étudiants en France : en chiffre

Une étude du centre national de ressources et de résilience menée sur la population d’étudiants inscrits à l’université en France note que :

  •  22,4% des étudiants souffrent de détresse sévère.
  • 24,7% souffrent de stress perçu sévère.
  • 11,4% ont des idées suicidaires.
  • 27,5% souffrent d’anxiété sévère.
  • 16,1% souffrent de dépression sévère.

Facteurs de vulnérabilité :

Le rythme de vie: selon une étude menée par des chercheurs au Pakistan, il semblerait que les changements du rythme de vie, entrainés par la crise sanitaire, expliquerait en partie cette situation. En effet, le pic d’utilisation des outils de communication et des réseaux sociaux observé depuis le premier confinement, aurait entrainé une détérioration des habitudes du sommeil (les gens dorment à des heures beaucoup plus tardives que d’habitude). Une augmentation généralisée de la durée du sommeil ainsi qu’un sentiment général de fatigue ont été répertoriés. Un manque général de prise de conscience du jour de la semaine et un changement dans la perception du déroulement du temps ont également été notés. (3)

– La précarité: avant la crise de la Covid-19, on estimait déjà que 20% des 2,7 millions d’étudiants de France vivaient en dessous du seuil de pauvreté. Or, la situation a explosé ces derniers mois : Les étudiants sont de plus en plus nombreux à faire face à des difficultés financières significatives. Cette hausse serait corrélée positivement avec celle des scores d’anxiété et de dépression. (5)

  • En 2019, une enquête nationale de la Mutuelle des étudiants (LMDE) pointait notamment le fait que 42 % d »entre eux renoncent au soin chez le psychologique, dont 40% par manque de moyens financiers.

Les frustrations liées au manque de lien social : fermeture ou accès restreints des campus, fermeture des restaurants, des lieux culturels, des salles de sport..

– La nécessité de s’adapter très rapidement à un nouvel environnement de travail et à de nouvelles méthodes d’enseignement.

– La grande incertitude quant à l’avenir et à ses perspectives d’emploi dans un monde de travail qui semble changer et évoluer de façon inattendue.

Les ressources d’aide psychologique à disposition des étudiants :

Bureau d’Aide Psychologique Universitaire (BAPU): ce sont des centres de consultation pour les étudiants qui souhaitent une aide psychologique , proposant des entretiens et consultations.

Fil santé jeunes (0 800 235 236, tous les jours de 9 heures à 23 heures) –

Nightline: service d’écoute nocturne gratuit. ( https://nightline.fr/ )

Consultations de psychiatrie remboursées: toute personne âgée entre 16 et 25 ans peut consulter directement un psychiatre, sans prescription du médecin traitant. L’assurance maladie se chargera de rembourser 70% du tarif de la consultation.

Les chèques psy: tout étudiant a droit à 3 chèques qui donnent accès à trois consultations gratuites, d’une durée de 45 minutes chacune, chez un psychologue ou un psychiatre.

  •  3 étapes pour utiliser un « chèque psy”:
  1. Consulter un médecin généraliste au sein du service de santé universitaire de votre établissement ou conventionné par votre établissement. C’est ce médecin qui définira la prise en charge la plus adaptée et qui prescrira une ou plusieurs séances chez un psy.
  2. Choisir un psychologue ou un psychiatre dans une liste qui vous sera transmise par le médecin
  3. Prendre rendez-vous avec le psy choisi pour bénéficier du suivi.

Soutien-étudiant.info: c’est une plateforme regroupant plusieurs ressources recensées par l’association Nightline.

7Cups: disponible dans plus d’une dizaine de langues, il s’agit d’une plateforme qui propose un chat en ligne aux personnes qui ont besoin de parler à quelqu’un. (https://www.7cups.com/ )

BIBLIOGRAPHIE

1-Amaker, Hyeouk « Chris” Hahm, Justin A. Chen10.1080/07448481.2020.1803882Journal of American College Health


2- Effects of COVID-19 on College Students! Mental Health in the United States: Interview Survey Study2020Journal of Medical Internet Research

3- Effects of COVID-19 pandemic and lockdown on lifestyle and mental health of students: A retrospective study from Karachi,Pakistan2021Abraish Ali, Asad Ali Siddiqui, Muhammad Sameer Arshad, Fizza Iqbal, Taha Bin Arif10.1016/j.amp.2021.02.004Annales Médico- psychologiques, revue psychiatrique.

4-https://www.etudiantsfantomes.fr/

5- Fieulaine, N., Apostolidis, T. & Olivetto, F. (2006). Précarité et troubles psychologiques : l’effet médiateur de la perspective temporelle [*]. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 4(4), 51-64. https://doi.org/10.3917/cips.072.0051

6- Amaker, Hyeouk « Chris” Hahm, Justin A. Chen10.1080/07448481.2020.1803882Journal of American College Health

7- Impact of COVID-19 Pandemic on College Student Mental Health and Wellness2021William E. Copeland, Ellen McGinnis, Yang Bai, Zoe Adams, Hilary Nardone, Vinay Devadanam, Jeffrey Rettew, Jim J. Hudziak10.1016/ j.jaac.2020.08.466Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry