Le TOC est un trouble mental très handicapant : il implique des obsessions, des compulsions, des évitements de certaines situations, une perte de temps dans notre quotidien… En plus de tout cela, on a tendance à penser que le TOC est plus fort que nous, qu’on ne peut « rien y faire ». Et bien si tu es atteint.e de TOCs, sache qu’il existe plusieurs types de prise en charge qui peuvent t’aider à t’en sortir ! Nous allons donc voir ensemble quelles sont les traitements et prises en charge possibles et efficaces contre le trouble obsessionnel compulsif.

 Si tu ne sais pas ce qu’est un TOC, je t’invite à lire cet article : https://di-paradise.com/2021/02/09/les-tocs-ou-le-trouble-obsessionnel-compulsif-quand-des-obsessions-et-ou-rituels-deviennent-notre-quotidien/

Maintenant, rentrons dans le vif du sujet !

I. La sévérité du TOC

On distingue différents degrés d’intensité dans le trouble obsessionnel compulsif :

  • Les TOCs sont dits « légers » quand ils engendrent une gêne et une souffrance au quotidien sans pour autant altérer la vie sociale et/ou professionnelle.
  • Les TOCs sont dits « sévères », quand ils engendrent, en plus d’une souffrance quotidienne, une altération de la vie sociale et/ou professionnelle. La personne est alors totalement prisonnière de ses symptômes.

NB : La sévérité du TOC fluctue dans le temps et peut être influencée par des stresseurs extérieurs.

Il est important de préciser que les personnes souffrant de TOCs attendent souvent plusieurs années avant d’entamer une prise en charge, quelle qu’elle soit, parce qu’elles ont honte ou parce qu’elles se disent que « ce n’est pas grave, ça va partir tout seul ». Le problème est que ce trouble est vicieux… Il a tendance à s’aggraver avec le temps et à se généraliser à d’autres domaines de la vie s’il n’est pas pris en charge (je commence par vérifier ma porte 5 fois, puis 10, puis 30, après je me mets à vérifier les lumières, ensuite le gaz…). Quand le TOC est installé depuis longtemps, il n’a aucune envie de s’en aller. Donc plus on attend avant de s’y attaquer, plus il sera difficile de s’en débarrasser…

Bien évidemment, nous avons tous des « lubies » comme vérifier sa porte d’entrée avant de partir de chez soi, ce qui ne nécessite pas de prise en charge. La question de la prise en charge doit se poser quand la « lubie » commence à nous prendre trop de temps, qu’elle se répète trop de fois, ou qu’elle commence à nous créer des pensées récurrentes/ruminations.

II.  L’importance de l’entourage pour aider une personne qui souffre de TOCs

L’entourage des personnes souffrant de TOCs a son importance dans la guérison. Vivre avec une personne qui souffre de TOCs peut parfois s’avérer très difficile et énervant. Pour autant, il est inutile et néfaste de lui crier dessus ou de se moquer d’elle. Vous savez pourquoi ? Parce que c’est un trouble. En d’autres termes, dire à quelqu’un qui réalise un rituel « arrête de te laver les mains 15 fois par heure, c’est ridicule » revient à dire à une personne qui a une maladie intestinale « arrête d’avoir mal au ventre » : ce n’est pas si simple.

Aussi, il est inutile et néfaste de participer à ses TOCs. C’est à dire qu’il ne faut pas faire ses rituels à sa place (par exemple « je vais faire tes vérifications à ta place, ça ira plus vite », « je vais ouvrir les portes à ta place, ça t’évitera de te laver les mains 15 fois »), ni succomber à ses obsessions (il arrive que des jeunes souffrant de TOCs envoient des messages à leur.s parent.s après être parti.e.s de chez eux leur demandant de vérifier la porte d’entrée par exemple, et les parents le font).  Tous ces comportements sont à bannir. Participer au TOC le rend légitime. Or, il ne l’est pas !

III. Les types de prise en charge les plus efficaces

Spoiler alert : la prise en charge des TOCs peut être fastidieuse et ne garantie pas à 100% une guérison totale.  Pour autant, il vaut mieux essayer de réduire ses TOCs (la réduction des symptômes étant fréquente grâce à une prise en charge adaptée) plutôt que de ne rien faire et laisser les TOCs s’installer, devenir de plus en plus sévères et/ou envahissants.

  • Le traitement pharmacologique

Les médicaments les plus prescrits et les plus efficaces contre les TOCs sont les antidépresseurs de type inhibiteurs spécifiques de la recapture de la sérotonine. Le traitement peut varier de 12 à 24 mois et peut être modifié par le/la médecin selon l’évolution des symptômes. L’arrêt d’un traitement par antidépresseurs doit se faire progressivement et être surveillé par un.e médecin.

Cette prise de médicaments peut être prescrite seule, ou en complément d’une thérapie cognitive et comportementale. La décision de traitement entre la prise médicamenteuse, la psychothérapie ou les deux simultanément dépend de plusieurs facteurs (intensité des obsessions, intensité des compulsions, comorbidités, possibilité de psychothérapie…). Cette décision est donc prise par un.e médecin (préférentiellement un.e psychiatre) avec l’accord de la personne qui souffre de TOCs.

  • La psychothérapie cognitive et comportementale

La thérapie comportementale s’appuie sur la technique d’exposition progressive avec prévention de la réponse. Nous allons prendre l’exemple d’une personne qui a un TOC de propreté. Le principe de l’exposition progressive est de lui demander au départ d’imaginer, en pensée, toucher un objet sans se laver les mains. Progressivement, elle devra toucher un objet dans le bureau du.de la thérapeute en attendant 10 secondes pour se laver les mains, puis 15 seconde, pour 1 minutes etc… En faisant cela, la personne apprend que ne pas réaliser son rituel ne provoque pas une angoisse exponentielle. Elle sera angoissée au début, ce qui est normal, mais l’angoisse fini toujours par redescendre à un moment donné ! Réaliser ces expositions permet de reprendre le contrôle du cerveau qui pense qu’il faut absolument se laver les mains dans la seconde après avoir toucher quelque chose, au risque d’être bercée par une angoisse qui ne s’arrêtera jamais. A force de répétition, le cerveau va donc intégrer l’information que ne pas se laver les mains directement après avoir touché quelque chose n’est pas forcément source d’angoisse. C’est comme quand on apprend à écrire, au départ nos lettres sont illisibles, et à force de s’entrainer, notre écriture devient de plus en plus lisible. La thérapie cognitive quant à elle permet à la personne souffrant de TOCs de se rendre compte de l’incohérence de ses obsessions, et de les voir de manière plus rationnelle et objective.

NB : La psychothérapie analytique ou d’inspiration analytique peut aider à découvrir l’origine du conflit intrapsychique qui a engendré les TOCs, mais n’a pas pour vocation à réduire les symptômes sur le court terme.

IV. Quelques techniques à faire chez toi pour t’aider dans tes TOCs

Le TOC est un trouble difficile à traiter, difficile à supprimer. Pour autant, il existe des techniques que tu peux réaliser de chez toi pour t’aider à réduire le TOC et parfois même t’en débarrasser. Ces techniques sont tirées de la psychothérapie cognitive et comportementale. Par ailleurs, une youtubeuse et coach ayant elle-même souffert de TOCs les a utilisé sur elle-même et a réussi à se débarrasser de son trouble ! Comme quoi, tout est possible ! Voici le lien de sa chaîne si cela t’intéresse : https://youtube.com/c/YOUHAVEOCD

Avant de t’expliquer les techniques, je veux te mettre en garde. Ces techniques demandent énormément d’investissement, d’efforts et elles sont difficiles à mettre en place ! Donc il y aura des moments où  tu n’arriveras pas à les mettre en place ou à les maintenir. Mais tu ne dois pas perdre espoir, il est normal de ne pas y arriver du premier coup. Aussi, ces techniques fonctionnent uniquement si tu les réalises correctement et très assidûment, et elles fonctionnent principalement sur les « lubies » et les TOCs récents/peu envahissants. Pour autant, elles ne sont pas infaillibles, et il est tout de même plus efficace et préférable d’aller voir un.e psychiatre et/ou un.e psychothérapeute, même si ton TOC est peu envahissant. Voici quelques techniques qui pourront peut être t’aider à réduire tes TOCs :

  • Le tracking/tracker : cette technique consiste à noter tes pensées obsessionnelles et tes rituels tout au long de la journée, et le temps que cela te prend. Par exemple, tu peux écrire ligne par ligne : 9h30, vérification de la porte d’entrée, 12 minutes ou 9h30, pensée obsessionnelle « as-tu vérifié la porte d’entrée ? », 25 minutes. Tu peux aussi les noter sous forme de tableau (dans le cas où les obsessions où les rituels se manifestent à plusieurs reprises dans la journée) avec sur chaque ligne les pensées obsessionnelles et rituels habituels, et sur les colonnes l’heure à laquelle cela arrive et pendant combien de temps. Tu peux aussi noter les émotions qui y sont associées si tu arrives à les repérer et les nommer. Egalement, tu peux noter toutes les 3 heures, combien de temps tu as eu des pensées obsessionnelles. Cela te permettra de te rendre compte de tes obsessions et rituels, du temps que cela te prend dans la journée, de voir tes progrès (quand tu compares l’après midi d’un jour avec l’après midi d’un autre jour par exemple) et de te fixer des objectis.
  • Se fixer des objectifs : cette technique consiste à te fixer des petits objectifs à court terme. Le tracking  (cf. ci-dessus) t’aidera à te fixer des objectifs réalisables. Je te conseille de les noter quelque part, cela peut être au même endroit que tes trackers. Par exemple, si tu as pu voir que tu mettais 12 minutes à vérifier ta porte le matin, tu peux essayer dans un premier temps de réduire à 11 minutes. Une fois ce premier objectif atteint, tu pourras t’en fixer un  nouveau qui sera de 10 minutes et ainsi de suite. Attention, quand tu atteints un objectif, il est important de réussir à le tenir pendant plusieurs jours avant d’en fixer un nouveau.
  • L’exposition : nous en avons déjà parlé plus haut, mais je vais te réexpliquer plus concrètement comment l’appliquer. Cette technique consiste à ignorer les pensées obsessionnelles afin d’ignorer les rituels. Concrètement, cela consiste à, dans un premier temps, retarder le rituel (quand tu as une compulsion, attendre 10 secondes avant de la réaliser, puis 30 secondes, puis 1 minutes, puis 2 minutes etc.). Une fois que tu t’en sens capable, tu pourras essayer de passer à l’étape au dessus qui consiste à ignorer tes obsessions et compulsions. Cette technique se base sur l’idée que lorsque tu retardes ton rituel, ton cerveau se rend compte que rien de grave ne s’est produit (lorsque tu ne vérifies pas ta porte d’entrée dans les 10 secondes, il ne se passe rien de grave). Jusqu’au moment où ton cerveau va intégrer l’information et réussir à se dire « ne pas vérifier ne signifie pas qu’il y aura une catastrophe ». C’est le même principe pour les pensées obsessionnelles. Les ignorer fera comprendre à ton cerveau que l’information n’est pas pertinente et qu’elle n’a donc pas lieu d’être. Et n’oublie pas, ne pas réaliser un rituel ou tenter d’ignorer ses pensées obsessionnelles est très difficile, mais c’est un premier pas vers la guérison ! Sache également que cela t’angoissera, mais contrairement à ce que tu penses, l’angoisse finira bien par descendre !
  • Réguler ses émotions : le TOC est très influencé par ton état émotionnel. Avais-tu remarqué que lorsque tu étais stressé.e, tu avais tendance à réaliser plus de rituels, à avoir plus de pensées obsessionnelles ? C’est pour cela que la régulation émotionnelle peut t’aider à réduire tes TOCs. Je t’invite donc à consulter cet article qui te donne des techniques pour réguler tes émotions : https://di-paradise.com/2020/12/15/colere-tristesse-joie-comment-reguler-les-emotions/

V. Comment faire si ces prises en charge ne fonctionnent pas ?

Si les antidépresseurs et la thérapie ne fonctionnent pas, cela signifie que les TOCs sont résistants. Dans ce cas, d’autres types de prise en charge peuvent être recommandés (uniquement dans le cas de TOCs résistants) : d’autres traitements médicamenteux, la stimulation magnétique transcranienne (technique non invasive qui consiste à envoyer un champ magnétique de manière répétitive et localisée au niveau du cerveau) etc.

Aussi, une hospitalisation peut être indiquée en cas de TOCs très sévères pour permettre une prise en charge intensive sur plusieurs jours ou semaines. Il existe également des hôpitaux de jour qui proposent des prises en charge sur une ou plusieurs journée.s par semaine.

Pour conclure 

Si tu penses être atteint.e de TOCs, sache que tu peux t’en sortir. Il existe plusieurs types de prise en charge qui te permettront d’aller vers un mieux être progressif, notamment la psychothérapie TCC et des traitements médicamenteux. Si tu n’as pas la possibilité immédiate d’aller voir un.e professionnel.le, le temps d’obtenir un rendez-vous, tu peux essayer de mettre en place des techniques comme le tracking, se fixer des objectifs, l’exposition et la régulation émotionnelle ; elles pourront peut être t’aider à mieux gérer tes TOCs, à les réduire et peut être même à t’en débarasser si tes TOCs ne sont pas trop installés. Mais je précise qu’il est tout de même préférable et plus efficace d’être aidé.e par un.e professionnel.le !

Par ailleurs, il existe l’association française des personnes souffrant de trouble obsessionnel-compulsifs qui pourraient te permettre de te renseigner davantage sur le sujet, de rencontrer des personnes dans ta situation, et/ou de trouver des professionnels qui pourront t’aider près de chez toi. Cette association peut également aider les proches des personnes souffrant de TOCs. Si cela t’intéresse, je te mets le lien de leur site juste ici : http://www.aftoc.org/