« Je veux rester pour toujours un petit garçon et m’amuser. » – Peter Pan (J.M. Barrie, 1911)

Il était une fois un petit garçon qui refusait de grandir… Cet enfant, c’est Peter Pan, désireux de rester un enfant pour toujours et vivant au pays imaginaire. Dans l’histoire originale de J.M. Barrie, il voue même une haine profonde envers les adultes, et vole les enfants pour les amener au Pays de Nulle Part (Neverland). C’est surtout la version populaire de Disney qui donnera son nom au syndrome de Peter Pan, décrit par le psychanalyste américain Dan Kiley. Bien que non répertorié officiellement comme une pathologie clinique, le syndrome de Peter Pan est considéré comme un trouble du comportement, et est souvent assimilé à une peur de grandir.

 Les différents symptômes du syndrome de Peter Pan

L’origine du syndrome de Peter Pan est encore mal connue, par faute d’études sur le sujet, mais certains psychiatres estiment que c’est un trouble qui apparaît plus fréquemment chez les personnes qui ont vécu un traumatisme dans l’enfance ou qui ont été privé de leur adolescence. Ce sont généralement des hommes, qui se sont vus attribuer un grand nombre de responsabilités importantes à un très jeune âge (en charge dans la famille, avec des obligations professionnelles, etc). Il existe toutefois des cas où les parents vont cette fois être surprotecteur, ce qui rend la prise d’indépendance tout aussi difficile. Ce mal être se révèle ici par une angoisse à l’idée de grandir et un désir de retrouver ou de rattraper des périodes de l’enfance.

Un trait caractéristique des personnes souffrant de ce syndrome, en plus de l’immaturité, est la peur de l’engagement. En effet, plutôt que faire face à la réalité et à leurs responsabilités, ils auront tendance à se réfugier dans un monde imaginaire, que ce soit au travers de figurines et de scénarios hypothétiques ou dans les jeux vidéo et les dessins animés. Ainsi ils adoptent un comportement infantile qui entrave les relations sociales mais également la réalisation de soi, et qui peut conduire à la dépression.

Dan Kiley va décrire quatre stades du syndrome de Peter Pan, qui évolue avec le temps :

              – De 12 à 17 ans, l’adolescent a une tendance à se replier sur lui-même, avec une irresponsabilité et une angoisse marquée, mais également de la peur ou du conflit pour tout ce qui touche le domaine de l’adulte (comme la professionnalisation ou la sexualité).

              – De 18 à 25 ans, le jeune adulte présente une insatisfaction ou une inadaptation face au monde extérieur, et peut également devenir narcissique, voire manifester du mépris et de l’hostilité envers les autres.

              – De 26 à 30 ans, la personne entre dans la phase chronique du syndrome de Peter Pan, avec parfois, paradoxalement, un besoin d’afficher une apparence d’adulte mature.

              – Après 45 ans, l’adulte essaye de retrouver son enfance, et peut souffrir de dépression, de troubles anxieux ou encore de troubles du sommeil.

Le psychanalyste va également décrire sept symptômes principaux :

              1. Une incapacité à exprimer ses émotions.

              2. Une difficulté à saisir le temps qui passe et une tendance à procrastiner, notamment pour les tâches et les obligations.

              3. Une difficulté à établir des relations sociales ou amicales durables, et donc une tendance à rester solitaire.

              4. Un évitement et une forme de déni des responsabilités.

              5. Un sentiment de colère et de culpabilité envers la figure maternelle.

              6. Un désir d’être proche et de plaire à la figure paternelle.

              7. Un conflit avec les femmes, avec une tendance à être machiste.

Ces symptômes s’expriment à des degrés plus ou moins importants. La majorité des personnes parviendront à établir une vie de famille et à assumer leurs responsabilités en tant qu’adultes, avec toutefois un sentiment de ne pas être à leur place. Enfin, d’autres s’échapperont plutôt dans leur pays imaginaire et fuiront leurs obligations et les contraintes, tant au niveau professionnel et relationnel que personnel.

Prise en charge et thérapie

La première étape est la reconnaissance de l’existence d’un trouble. En effet, la plupart des personnes atteintes du syndrome de Peter Pan sont dans le déni. Ainsi, c’est souvent l’entourage qui est le premier acteur de la prise en charge. Ainsi, afin de prévenir une manifestation plus sévère du trouble, les proches peuvent poser des limites (notamment restreindre les distractions) et induire une responsabilité graduelle, par exemple en les guidant au départ sur des concepts pour adultes (trouver un emploi, payer les factures) pour qu’ils puissent progressivement devenir indépendants.

Dans le cadre d’une psychothérapie, le but premier sera d’identifier l’origine et de comprendre les causes du trouble afin d’évoluer vers un comportement plus adapté à la société, mais également dans certains cas de diminuer la souffrance liée à des troubles anxieux et dépressif. Il s’agira également pour la personne d’apprendre à se projeter dans le temps et faire face à sa mortalité.

Toutefois, le problème de reconnaissance du trouble par les autorités de santé rend plus difficile l’authentification et la prise en charge du syndrome de Peter Pan. Il existe d’ailleurs d’autres syndromes liés à l’histoire de Peter Pan, et tout aussi peu reconnus, comme le complexe de Wendy, qui décrit une mère dépendante de ses enfants, ou encore le syndrome de Clochette, qui désigne une tendance autoritaire, manipulatrice et possessive chez les femmes.

Finalement, le syndrome de Peter Pan peut être décrit comme la peur, pour un adulte, de faire face à des responsabilités et d’entrer en relation avec d’autres personnes. Ainsi, ils vivent dans une réalité différente, propre à eux-mêmes, et qui se rapproche de l’enfance. Toutefois, cela crée un décalage comportemental qui peut engendrer une souffrance authentique et plus ou moins importante. Ici, il ne s’agit donc pas de coller une étiquette d’adulte immature mais de reconnaître un trouble réel afin de pouvoir le prendre en charge rapidement et efficacement.