• Peux-tu te présenter rapidement : qui es-tu, quel a été ton parcours et où en es-tu aujourd’hui ?

Bonjour ! Je m’appelle Maria Alice et je suis actuellement en fin d’internat de psychiatrie. J’ai suivi des études de médecine puis choisi de me spécialiser en santé mentale. L’internat de psychiatrie dure quatre ans et se compose de huit stages de six mois chacun.  

  • Pourquoi as-tu choisi la voie de la psychiatrie ?

Plusieurs raisons m’ont motivée dans le choix de devenir psychiatre. Tout d’abord, je trouve qu’il s’agit d’une spécialité extrêmement riche et diverse. Tous les âges peuvent être concernés, du bébé à la personne âgée, ainsi que toutes les classes sociales. En psychiatrie, on ne peut se limiter qu’aux symptômes présentés par le patient. Il faut s’intéresser à l’individu dans sa globalité en prenant en compte son développement familial, social et professionnel par exemple. Des facteurs internes et externes, propres à chaque individu, sont impliqués dans la psychopathologie des troubles ce qui rend chaque tableau clinique unique. De plus, plusieurs approches sont possibles. De la neurobiologie à la psychanalyse, l’exercice de la psychiatrie est vaste. Le relationnel reste cependant au cœur de la prise en charge. Bien que les mécanismes des troubles psychiatriques restent peu élucidés, plusieurs hypothèses explicatives sont formulées. Il s’agit d’un domaine de la médecine où les connaissances sont encore à creuser. De nombreux projets de recherche en génétique, en imagerie cérébrale, en neurosciences, et bien d’autres domaines, sont en cours afin d’éclaircir les mécanismes physiopathologiques. Il s’agit donc d’une spécialité dynamique qui évolue continuellement. De plus, je trouve qu’il est intéressant de travailler avec la notion de stigmatisation dont souffrent les patients psychiatriques. La société véhicule un grand nombre de faux préjugés sur les troubles mentaux. Or, les pathologies psychiatriques ne sont pas rares, par exemple, un français sur cinq souffre ou souffrira de dépression dans la vie. De manière générale, il est plus facile de comprendre et d’accepter une maladie lorsqu’un test diagnostique existe, ou lorsqu’une lésion est visible (sur la peau, à l’examen d’imagerie ou encore à la prise de sang). En psychiatrie, ce n’est pas encore vraiment le cas et c’est pourquoi la recherche se développe beaucoup. Enfin, il s’agit d’une spécialité très transversale. Elle implique une ouverture sur des questions éthiques, sociales, transculturelles que je trouve réellement passionnante !

  • As-tu une (plusieurs) spécialité(s) ? Si oui, pourquoi as-tu choisi celle(s)-ci en particulier ?

Au cours de mon internat, j’ai eu l’occasion de découvrir différents services. Je suis passée en addictologie, en pédopsychiatrie, aux urgences médico judiciaires, en unité pour pathologies résistantes ou encore en unité de crise. Chaque service apporte une spécificité dans la prise en charge du patient et plusieurs outils thérapeutiques peuvent être utilisés à la fois. Personnellement, j’ai l’intention de travailler dans un service de psychiatrie générale par la suite car la clinique générale de l’adulte est ce qui me passionne le plus.  

  • Comment penses-tu que la prise en charge, notamment en CH/HP ou en centre médico-psychologique, peut être améliorée ?

Je pense que la diffusion d’informations en santé mentale à la population générale permettrait de lutter contre de fausses idées reçues. Il y aurait peut-être un peu moins de réticence chez certains patients et éventuellement moins de retard diagnostique chez certains sujets jeunes. Par ailleurs, le système de santé français est très reconnu cependant il n’est pas parfait. La psychiatrie reste le parent pauvre de la médecine et plus de moyens seraient nécessaires pour une meilleure organisation des soins psychiatriques. A l’hôpital, le manque de lit se fait ressentir dans certains services. Les soignants sont ainsi parfois contraint de maximiser les capacités d’accueil ou de précipiter la fin de certains séjours afin de libérer des places. Il n’est pas toujours confortable de travailler ainsi, aussi bien pour les soignants que pour les patients. En ambulatoire, le manque de moyen se fait ressentir également. Le délai d’attente pour les consultations est parfois trop long et les places en activités thérapeutiques se font rares dans certains centres médico psychologiques, notamment en pédopsychiatrie. Or, renforcer la qualité des soins en dehors de l’hôpital permet de réduire le nombre d’hospitalisations. Je pense que ces éléments permettraient d’améliorer les prises en charge en psychiatrie.

  • Comment as-tu vécu tes premières expériences en psychiatrie ? S’il y en a eu, comment as-tu géré la difficulté ? As-tu une anecdote rigolote à nous raconter ?

Je pense que je n’oublierai jamais mes premières expériences en psychiatrie. J’ai eu la chance de faire un stage dans un service d’hôpital parisien au début de mes études de médecine. J’étais alors très jeune étudiante et ainsi très encadrée par mes seniors. J’ai tout de suite été intriguée par les tableaux cliniques qui nous ont été présentés, et surtout, par les évolutions cliniques que j’ai pu suivre à cette période. Je trouvais, et c’est toujours le cas aujourd’hui, les symptômes psychiatriques fascinants et ma curiosité a rapidement été égayée. Une question tournait en boucle dans ma tête : mais comment peut-on être amené à développer de tels symptômes ? Je n’ai toujours pas la réponse à cette question mais je pense que ces premières expériences ont fortement joué au moment de choisir ma spécialité.  

  • Penses-tu que les psychiatres ont à gagner à travailler avec des professionnels de santé d’obédiences diverses ? (psychologues, psychothérapeutes, sophrologues, infirmières…)

Bien sûr ! Je trouve que cela est indispensable. Je pense que le terme à évoquer ici est celui de la complémentarité. Idéalement, il faut rechercher la prise en charge la plus adaptée à la problématique du patient. L’intervention de différents professionnels permet d’avoir une approche plus large sur les difficultés rencontrées par le patient ce qui optimise grandement sa prise en charge. Que ce soient les infirmiers, les psychologues, les ergothérapeutes, les orthophonistes ou autres, chacun apporte du sien pour le bien du patient et cela ne fait qu’améliorer la prise en charge.

  • Quel conseil donnerais-tu à un jeune entre 18 et 25 en état de souffrance psychique ? Comment distinguer dans le passage à l’âge adulte de l’adolescent ce qui relève des difficultés normales de ce qui est pathologique ?

Tout d’abord, je lui dirais que c’est déjà un grand pas d’avoir reconnu qu’il était en souffrance. Ensuite, j’essayerais d’identifier avec lui la nature et la sévérité de sa souffrance pour pouvoir lui proposer la solution la plus adaptée. Le retentissement fonctionnel est un critère à prendre en compte systématiquement en psychiatrie : les symptômes impliquent-ils un dysfonctionnement dans les différentes sphères (personnelle, familiale, sociale, scolaire, etc.) de la vie de l’individu ? L’adolescence est une période de transition avec énormément de modifications corporelles, psychiques, identitaires et relationnelles. Face à un symptôme, il est parfois difficile de distinguer le pathologique du non pathologique, surtout à l’adolescence. Il faut ainsi procéder à un entretien minutieux afin de recueillir des éléments cliniques fins permettant de trancher vers ce qui pourrait être potentiellement pathologique ou non. Cependant, il faut savoir que les symptômes ne sont pas figés. Ils évoluent eux aussi avec l’individu. En général, plus la prise en charge est précoce suivant l’apparition des symptômes, meilleur sera le pronostic. L’aide d’un professionnel est parfois nécessaire, ne serait-ce que de manière temporaire, pour éviter que les symptômes ne s’aggravent et qu’une pathologie ne se déclare.

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