Coloriages, dessins élaborés ou simples gribouillages sont de plus en plus utilisés par les adultes à travers les albums de coloriages, les mandalas, ou encore avec le développement de l’art-thérapie. Pourtant, le dessin est généralement associé soit aux enfants, soit aux professionnels de ce domaine, si bien que de nombreuses personnes s’en privent ou n’en voient pas l’utilité. Le dessin est même considéré comme source de distraction dans les écoles : il n’est pas rare qu’un élève soit puni parce qu’il dessinait rapidement dans les marges de son cahier. Mais en réalité, le dessin n’a pas seulement une visée esthétique. Si notre cerveau aime tant dessiner et que, dès l’enfance, nous avons la tendance naturelle à nous tourner vers des crayons et des esquisses maladroites, ce n’est pas pour rien.

L’art et la parole sont les deux organes du progrès humain. L’un fait communier les cœurs, et l’autre les pensées. Romain Rolland (Vie de Tolstoï)

Tout d’abord, dessiner c’est l’occasion de faire fonctionner ses différentes capacités perceptives. Cela demande de la motricité fine dans le geste, qui s’affine à force d’entraînement, surtout chez les enfants, et peut permettre d’exercer son sens de l’observation (par exemple en dessinant ce qui nous entoure).

Créativité et bien-être

Le dessin stimule l’imagination et la créativité, ainsi qu’on peut s’en douter ; plus on dessine et plus l’inspiration sera au rendez-vous. Trop souvent on évite de dessiner par manque d’idées et par crainte de faire quelque chose d’insatisfaisant. En réalité le geste créatif en soi est source de satisfaction, plus même que le résultat en lui-même ! C’est le fait de dessiner qui est agréable, de créer quelque chose plutôt que de rester improductif ou inactif. D’ailleurs, l’expression à travers le dessin permet d’améliorer le bien-être. Par exemple, les participants d’une étude se sont sentis plus aptes à résoudre des problèmes et avoir de bonnes idées après avoir fait du coloriage et des dessins, tâches qu’ils ont trouvées relaxantes.

Dessiner, c’est également une façon d’être présent : l’activité créatrice est source de bien-être mais aussi d’une conscientisation de l’instant présent. S’appliquer à colorier un mandala ou réaliser une peinture demande de la concentration. Cela permet d’arrêter de penser à ses problèmes, de s’évader.

Le dessin, source de partage

L’art est aussi social ; on peut montrer nos dessins, en discuter avec d’autres. Le dessin est, dès l’enfance, une façon d’exprimer ses représentations du monde et de communiquer. Comme un enfant qui vient montrer son dessin à un adulte, nous aurions tous dû conserver cet élan de partage : un dessin permet souvent de faire transparaître nos émotions. C’est un formidable outil de médiation pour les personnes plutôt timides ou ayant des difficultés à s’exprimer. Il peut même être utilisé dans des jeux de société.

Les doodles

On associe souvent le dessin à des productions particulièrement belles et travaillées, des paysages ou des portraits, mais il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des dessins griffonnés ou simplistes. Les griffonnages (ou « doodles » en anglais) devraient tout particulièrement être encouragés !

On a souvent tendance à gribouiller lorsqu’on s’ennuie, sans même y réfléchir ; que ce soit pendant un cours un peu trop long, ou encore dessiner des petites fleurs sur un carnet durant un appel téléphonique qui s’éternise. D’ailleurs, selon une étude menée sur deux groupes de personnes devant écouter un appel téléphonique, il s’est avéré que le groupe qui dessinait en même temps avait été capable de restituer 29% d’informations en plus que le groupe qui n’avait fait qu’écouter. Cela s’explique potentiellement par le fait que dessiner en même temps qu’une autre tâche un peu ennuyante aide à maintenir un certain niveau de concentration, ou encore parce que cela entraînerait une réduction de la rêverie diurne (le fait de s’échapper dans ses pensées pour fuir l’ennui et complètement décrocher du cours, par exemple).

En tout cas, selon Sunni Brown, le dessin peut aussi être un support pour la mémorisation. Il existe en effet plusieurs façons d’intégrer les informations : certaines personnes retiennent mieux les données lorsqu’elles sont présentées de façon visuelle (par exemple des schémas, des mindmaps), auditive (écouter quelqu’un expliquer ou raconter quelque chose), kinesthésique (manipuler des objets, utiliser son corps) ou encore en lisant et écrivant. Or il se trouve que faire des petits dessins associe différentes façons de faire : le geste graphique et la motricité, le visuel… ainsi que, souvent, des émotions. Dessiner procure en effet des émotions (satisfaction, rire, frustration…) qui seront un support pour la mémorisation. Il est par exemple possible de faire des dessins de son cours pour mieux le retenir et se l’approprier.

Si l’inspiration te manque, voici quelques idées pour te lancer :

  • Tracer une forme au hasard sur ta feuille sans regarder puis, en partant de cette forme, créer autour d’elle un dessin qui représente quelque chose
  • Faire des jeux avec tes amis ou ta famille, par exemple dessiner un animal et le faire deviner aux autres
  • S’amuser à représenter ton émotion majoritaire de la journée comme si c’était une personne
  • Illustrer une anecdote que tu as vécue (pas besoin de faire des personnes réalistes : des bonhommes bâtons ou patates suffisent largement !)
  • Changer de supports / outils : aquarelle, crayons, peinture, pastels, fusain, craie… trouve ce que tu préfères et tentes de nouvelles techniques

Sources :

  • LECKEY, J. (2011). The therapeutic effectiveness of creative activities on mental well-being: a systematic review of the literature. Journal of Psychiatric and Mental Health Nursing, 18(6), 501–509. doi:10.1111/j.1365-2850.2011.01693.x
  • Andrade, J. (2010). What does doodling do? Applied Cognitive Psychology, 24, 100-106. DOI: 10.1002/acp.1561
  • Sunni Brown : Doodles, unite ! TED. https://www.youtube.com/watch?v=7fx0QcHyrFk
  • Parada, M. (2017). Les bienfaits de l’art thérapie.