Le verbe ‘vieillir’ a tendance à nous rendre stressé et crispé puisque nous n’associons pas forcément la vieillesse avec quelque chose de positif. Si vous avez peur de vieillir, sachez qu’il est normal. En effet, nous retrouvons des caractéristiques physiques comme cognitives amoindries chez les personnes âgées, ce qui peut induire une sensation de peur, d’anxiété face au vieillissement. C’est normal d’être réticent à l’idée du vieillissement, mais en y faisant face, vous verrez que le vieillissement n’a pas que des aspects négatifs…
Il en vient, quand on parle de vieillissement, nous associons à celui-ci l’idée de mémoire et de déclin/problème mnésique. Effectivement, nous remarquons que la mémoire est la structure excessivement touchée lors du vieillissement. C’est la raison pour laquelle elle est la fonction cognitive la plus étudiée quand nous parlons du vieillissement.
 
Pourquoi parler d’une fonction mnésique spécifique, c’est-à-dire la mémoire? C’est celle qui a un effet délétère sur les performances en mémoire au cours du vieillissement.
 
Qu’est ce que la mémorisation? Cette dernière est une modification de connexions entre les neurones du systèmes de mémoire, ça correspond à la plasticité synaptique. Cette plasticité se comprend à travers des modifications morphologiques et chimiques qui viennent altérer l’activité des synapses.
Par exemple, nous avions vécu un évènement il y a cinq ans et nous nous en souvenions. C’est donc devenu un souvenir. Le souvenir d’un point de vue neurobiologique se traduit par une variation de l’activité électrique au niveau d’un circuit spécifique formé par plusieurs neurones. Le fait qu’un souvenir va persister donc rester en mémoire ou non va dépendre d’une connexion inter-neuronale. Cette dernière peut-être illustrée par un assemblage de neurones représenté sous forme de réseaux. La formation de ce souvenir va reposer soit sur le renforcement d’un circuit pré-existant, ou sur la création d’un nouveau circuit, d’une connexion synaptique. Pour faire simple, deux types de neurotransmetteurs existent : Les neurotransmetteurs excitateurs (par exemple le Glutamate), et les neurotransmetteurs inhibiteurs (par exemple le GABA). Ce souvenir va ensuite être consolidé ou non. Après l’encodage, des neurotransmetteurs vont soit venir exciter donc activer la trace ce qui permet de renforcer les connexions. Ceci permet la consolidation. Soit des neurotransmetteurs vont venir inhiber la trace ce qui va engendrer l’oubli.

Qu’est-ce que le vieillissement va venir altérer?
 
 
Le vieillissement va venir affecter plusieurs éléments, tels que la mémoire de travail, la mémoire épisodique ainsi que les fonctions exécutives :
– La mémoire de travail va être sensible au vieillissement surtout quand il s’agit d’une manipulation cognitive (par exemple, restituer des séries de chiffres dans l’ordre, et dans l’ordre inverse).
– La mémoire épisodique va lui aussi être sensible au vieillissement. Les personnes âgées ont un peu plus de mal à encoder des informations, varier la profondeur de traitement, et récupérer les informations.
Le souvenir (l’exemple utilisé précédemment) va d’abord être présent en mémoire épisodique puisque cette mémoire est contextuelle. La mémoire épisodique vieillit très mal avec le temps, donc si cette trace n’est pas assez consolidée, le souvenir va être oublié. À l’inverse, si ce souvenir est rappelé plusieurs fois, il va passer en mémoire à long terme, où il va rester.
– Les fonctions exécutives vont être touchées, mais en ne donnant qu’un seul exemple nous allons prendre l’attention. Le vieillissement entraîne une baisse d’attention chez les personnes âgées. Par exemple si nous devons réaliser deux tâches à la fois, notre attention va être partagée. Les personnes âgées vont éprouver une plus grande difficulté à réaliser la double tâche puisque la masse du cerveau diminue avec l’âge, ainsi que la vigilance.
 
Les stéréotypes du vieillissement :
 
 
La société fait que nous voyons les personnes âgées comme étant lents, aigris, seuls, tristes, agaçants donc beaucoup de caractéristiques négatifs… Dans nos têtes, nous ne voulons pas être âgé puisqu’elles sont toujours représentées comme ceci. Ces stéréotypes impactent notre vision sur le vieillissement.
Dès lors, des expériences sur le vieillissement et l’appréhension de celui-ci ont émergé notamment l’expérience de Levy et al. qui permet de mettre en évidence l’importance du regard que nous portons sur la vieillesse.

En effet, il faut faire attention au regard que nous portons sur la vieillesse. Pourquoi? Je vais vous expliquer cela à travers une expérience de Levy et al., (2012) sur le lien entre présence de stéréotypes négatifs à l’égard du vieillissement et la survenue d’un AVC 38ans plus tard. Ce fut une étude longitudinale de 1968 à 2007, et les expérimentateurs ont recueillis 386 participants (entre 18 et 49ans) sans problèmes cardiaques. L’hypothèse était que
les personnes qui avaient un regard plutôt négatif à l’égard de la vieillesse seront les plus enclins à faire des AVC durant les 38 années suivantes. Les expérimentateurs découvrent, 30ans après que les participants aient répondu à un questionnaire, que 25% qui avaient des stéréotypes négatifs ont eu un AVC, contre 13% qui avaient eu des stéréotypes positifs.

Vous vous demandez peut-être ‘et les effets des stéréotypes positifs?’ ? Levy et al. ont aussi mené d’autres études, et en comparaison avec les stéréotypes négatifs à l’égard du vieillissement, les stéréotypes positifs entraînent une adoption de plus en plus de comportements préventifs liés à la santé, ainsi qu’une meilleure santé. En 2002, Levy et al. ont mené une étude longitudinale aux États-Unis auprès de 660 participants (entre 50 et 94ans) pendant 23ans. Les personnes ayant un regard positif à l’égard du vieillissement ont une meilleure santé tout au long de leur vie et ont une meilleure longévité (qui accroît d’environ 7 années).

 

Sachant que vieillir est inévitable, nous devons l’accepter et essayer de le vivre au mieux. En l’acceptant vous aurez un sentiment de bien être qui sera plus agréable qu’en suivant ou qu’en vous enfermant dans des stéréotypes sociétaux négatifs.
Des études montrent de nombreux déclins physiques et cognitifs associés au vieillissement sont, au moins en partie, des constructions psychologiques. Le vieillissement psychologique peut être divisé en deux sortes de catégories : celle pour le vieillissement cognitif (altérations de mémoire etc) ainsi que celle pour le vieillissement concernant l’affectivité et la personnalité.
Mais l’aspect du vieillissement qui concerne la personnalité et le cognitif peut être influencé par des facteurs sociaux tels que la retraite.
La retraite marque l’âge social dans le vieillissement. Beaucoup le vivent bien (par exemple une personne âgée va être engagée socialement donc à des activités etc), et beaucoup le vivent mal (par exemple une personne âgée qui s’ennuie et qui va se mettre en retrait). Il faut avoir un regard sur la personne âgée comme étant un ‘golden-ager’, c’est-à-dire une personne âgée, souvent retraitée, qui va habituellement s’engager dans des activités sociales, qu’elles soient physiques (aquagym, par exemple) ou cognitives (bridge, jeu d’échecs, jeu/activité qui stimule la mémoire).
Le vieillissement est donc, en partie, une construction psychologique et sociale et il reste cependant important à notre échelle d’avoir un regard positif en vers notre vieillissement.