Aujourd’hui nous allons aborder un thème important en psychologie sociale et plus précisément en psychologie de l’engagement. Ce sujet est assez important car les procédés en psychologie de l’engagement sont assez douteux, et cela se comprend puisqu’il s’agit de pratiques similaires à celles utilisées en manipulation. Le but est alors de comprendre que, la psychologie peut faire avancer les choses dans le bon sens et qu’il ne faut pas se montrer réticent vis-à-vis de ces pratiques.

  • Qu’est ce que la psychologie de l’engagement?

Les techniques d’engagement sont multiples et regroupent un ensemble de stratégies qui ont pour objectif l’obtention d’un comportement de la part d’autrui. Selon Kiesler, « l’engagement est le lien qui unit l’individu à ses actes ». Les techniques de l’engagement vont alors chercher à impliquer pleinement l’individu pour que celui-ci adhère à de nouvelles croyances et comportements dans un but défini en amont. Les éléments favorisant l’engagement sont par exemple le caractère public de l’acte (quand une décision aura été prise en public, elle sera plus facilement maintenue dans le temps), l’irrévocabilité de l’acte (il y aura une forte adhésion s’il est impossible de revenir en arrière) ou encore le sentiment de liberté par l’individu (facteur important, si l’individu se sent libre de ses choix et de ses actes, il s’engagera plus facilement, le sentiment de liberté a un impact considérable).

  • Quelques illustrations

Le phénomène du pied dans la porte qui consiste à amener l’individu à accepter un premier acte dans le but de lui en faire accepter un second par la suite. Uranowitz a en 1975 illustré ce phénomène. Un compère devait demander à un sujet naïf de surveiller son sac pour qu’il puisse retrouver soit un billet de 1$ soit son portefeuille. Le compère donnait au sujet une forte justification ou au contraire, une faible justification. Une fois le compère parti à la recherche de ses biens, un second compère faisait tomber quelque chose près du sujet naïf. Les résultats mettent en avant que le sujet intervient lors d’une faible explication, cela s’explique par le fait qu’il se sente plus engagé pour aider l’individu à chercher son billet de 1$, le portefeuille étant accompagnée d’une forte justification, le sujet ne s’est pas senti libre d’accepter la requête.

Ensuite, il y a la technique du toucher qui s’inscrit elle aussi dans la liste des techniques d’engagement. Le toucher affecterait positivement une prise de décision ou l’adoption d’un comportement. Dans l’expérience de Kleinke en 1977, les expérimentateurs ont délibérément laissé quelques pièces en évidence dans une cabine téléphonique. Un compère devait interpeler les utilisateurs de la cabine (sujet naïfs) en leur demandant s’ils avaient trouvé l’argent qu’il avait oublié dans la cabine, la demande pouvait être accompagnée d’un toucher de la part du compère. Les sujets naïfs qui ont été touché par le compère sont plus nombreux à avoir rendu l’argent !

  • Confusions éthiques

Ces techniques sont critiquées puisqu’elles peuvent être perçues comme étant des techniques de manipulation et donc soulever des problématiques d’ordre éthique.

Il est vrai qu’il s’agit d’une forme de manipulation puisqu’en termes de déontologie, les chercheurs se doivent d’expliquer explicitement les tenants et les aboutissants des expériences mais il s’avère que cela n’est pas possible en psychologie de l’engagement. Expliquer la problématique exacte et exposer les hypothèses de recherche aux sujets reviendrait à biaiser l’expérience car cela va engendrer un problème de validité écologique, les sujets vont agir dans le sens de la recherche.

  • Une manipulation essentielle

Il est important de reconsidérer les problèmes éthiques liés aux techniques d’engagement en se demandant si la manipulation est forcément négative ou s’il y a un continuum entre le bien et le mal. D’autant plus si cette manipulation conduit à l’arrêt de certains problèmes tel que des problèmes environnementaux ou sociétaux.

Il faut parfois un petit coup de pouce pour faire bouger les choses, c’est donc important de ne pas s’arrêter sur cette « manipulation » pour accorder de l’importance à la finalité. Par exemple, les travaux en psychologie de l’engagement ont permis notamment de mettre en avant la lutte contre les accidents professionnels (par Joule & Beauvois en 1998), de promouvoir le don du sang et d’organes (par Cantril en 1981) ou encore de sensibiliser les gens aux accidents de la route (par Kalsher, Rudd et Al en 1989).

Donc, certes, il se peut que tu sois agacée à l’idée que quelqu’un essai de te faire changer d’opinion ou de comportement surtout si ce dernier s’y prend par le biais de certaines méthodes plus ou moins prémédité, mais sache que cela en vaut parfois la peine.