« Increscunt animi, virescit volere virtus » l’esprit grandit et la force est restaurée par la blessure – Nietzsche, au 19 ème siècle en cernait déjà les contours. D’autres, tel que Grigori Raspoutine qui, à travers le procédé de l’hormèse, s’est immunisé au cyanure en prenant de petites doses de plus en plus grandes, en firent l’expérience de leur vivant.

Il s’agit ici de l’antifragilité.

Une notion qui, à l’image d’une Mystique tout droit sortie de l’univers Marvel, a su se matérialiser en plusieurs formes, touchant la vie d’une multitude d’individus les rendant meilleurs face à l’adversité.

Afin de comprendre ce concept, introduit par le grand penseur et essayiste, Nassim Nicholas Taleb, nous commencerons par présenter celui de la résilience.

Popularisée par Boris Cyrulnik, la résilience est la résistance d’un individu face à des stress importants ou cumulés, ou encore à des traumatismes, ou contextes à valeurs traumatiques.

Pour mieux illustrer ce concept, nous emprunterons la métaphore de la poupée, proposée par Michel Manciaux :

Si on laisse tomber une poupée, celle-ci peut se briser. Cela dépendra de divers paramètres allant de la force du jet, à la nature du sol, en passant par la matière dont la poupée est fabriquée.
Ici, la résilience de la poupée va dépendre de l’interaction de l’ensemble de ces facteurs, Qui se diviseront en facteurs risques (une poupée en verre aura plus de chances de se casser) et facteurs protecteurs ( une poupée tombée par simple négligence ne heurtera pas aussi brutalement le sol qu’une autre tombée consciemment sous la colère ).

Ainsi, chez une personne, le degré de vulnérabilité sera à considérer dans sa complémentarité avec son degré de résilience et non dans une logique d’opposition.

Somme toute, la résilience est l’ensemble des processus qui consistent pour un individu à surmonter un traumatisme psychologique afin de se reconstruire.

Avec l’antifragilité, la notion de résilience est dépassée, l’individu ne se limite pas à résister, il devient meilleur.
La mythologie nous propose des exemples de résilience et d’antifragilité diverses et variés, parmi lesquels, le mythe du phénix, qui résilient, renaîtra de ses cendres, mais en gardant les même caractéristiques et capacités qu’avant. Face au mythe de l’hydre, qui lui, se verra développer deux tête à chacune qui lui sera coupée. L’hydre est ici antifragile.

Au japon, on pratique l’antifragilité d’une toute autre manière, et ce depuis le 15ème siècle. En effet, les japonais ont introduit au monde la pratique du « Kintsugi ». Un art de « kin », ( ce qui veut dire or ) qui consiste à réparer les objets brisés avec une laque recouverte d’or, faisant de ce qui était une simple tasse, un objet artistique brillant de ces mêmes fêlures qui auraient pu nous pousser à s’en débarrasser.

Pour les individus, comme pour les organisations, devenir antifragile permet de prospérer dans un monde de plus en plus complexe et volatile.

Rocky Marciano, par exemple, l’est devenu. Ce grand boxeur américain, sans avantage physique, du fait de sa petite taille, a réussi là où sa condition physique présentait un grand désavantage à être un grand boxeur, obtenant la couronne des poids lourds en 1952, titre qu’il gardera jusqu’en 1956. Un grand antifragile, reconnu aujourd’hui comme le boxeur le mieux conditionné de l’histoire, inspirant d’autres boxeurs tel que Mike Tyson qui utilisera ses techniques d’entraînement.

Aux Pays-Bas, un ensemble de chercheurs se sont intéressés de près à cette notion d’antifragilité dans le domaine sportif. Pour cela, ces derniers ont examiné les effets négatifs des facteurs de stress sur les performances de 37 athlètes. Expérience qui s’est soldée par des résultats très concluants : Les athlètes ont réussi à avoir une légère augmentation de leur performance maximale et de leur efficacité, devenant à leur tour anti fragiles.

Comment devenir Antifragile à son tour ?

Voici une liste – non exhaustive – de conseils pour devenir Antifragile :

  • Former son Axis mundi personnel : un axe de vie nourri par la connaissance de soi. La connaissance de ses qualités, ses compétences et ses points faibles pourra former un axe d’évolution plus sereine dans la vie.
  • S’inspirer des stoïques :
    • En opérant une dichotomie du contrôle : identifier ce que l’on peut contrôler ou pas : accepter tout ce qui nous est imposé et agir pour développer de nouvelles réponses au monde quand cela nous est possible.
    • En transformant notre vision du monde :
      « Un stoïque est quelqu’un qui transforme la peur en prudence, la douleur en changement, les erreurs en initiations et le désir en entreprise » N.N. Taleb
  • Développer un état d’esprit orienté solution : toujours se poser deux questions : comment je peux tourner cette situation à mon avantage ? – Que dois-je faire pour résoudre ce problème ?
  • Développer sa discipline. Si l’on se plaçait dans les termes des cinq grand traits de la personnalité, introduits par Goldberg en 1993, la personnalité de l’être antifragile tendrait vers des traits comme l’ouverture ou encore l’agréabilité.

En guise de conclusion, je me permettrai de rapprocher le concept d’antifragilité à des idées puissantes issues de la psychologie Jungienne, dont le fondement est la transformation de l’être d’un état « inférieur » à un état « supérieur », cela en s’intéressant à la nature de la personnalité à développer afin d’atteindre l’épanouissement et la réussite.

Ainsi, je vous invite à votre tour, à puiser en vous, et à devenir antifragile, en ces temps de crise sanitaire qui n’ont eu de cesse de nous pousser dans nos retranchements.